Appui à la formation aquacole au Sénégal
Durant quelques jours d’octobre 2025, Catherine Lejolivet, enseignante en aquaculture au lycée agricole de La Canourgue, a partagé son expertise avec le Centre National de Formation des Techniciens de la Pêche et de l’Aquaculture de Thiaroye en vue d’une nouvelle collaboration entre la France et le Sénégal dans le domaine de la formation technique.
Les acteurs de la formation aquacole au Sénégal ont eu l’occasion d’échanger à plusieurs reprises, depuis 2024, avec le réseau CEFAGRI et l’Ambassade de France à Dakar, ainsi que d’organiser des rencontres grâce à la participation au Forum Économie Bleue de Saint Louis en novembre 2024 et à l’Atelier de capitalisation des coopérations entre l’enseignement agricole français et sénégalais à Thiès en avril 2025. A l’issue de ces échanges, une demande d’accompagnement du Centre National de Formation des Techniciens de la Pêche et de l’Aquaculture (CNFTPA) de Thiaroye s’est concrétisée dans le cadre d’un partenariat existant avec l’Ambassade de France de Dakar, Ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté Alimentaire (le Bureau des Relations Européennes et de la Coopération Internationale de la Direction Générale et de l’Enseignement et de la Recherche) et le Ministère des pêches et de l’Aquaculture du Sénégal. Cet accompagnement a été confié à l’expertise de Catherine Lejolivet, enseignante en aquaculture et coordonnatrice de la filière BTSA aquaculture à l’Établissement public d’enseignement agricole de La Lozère – Lycée Louis Pasteur de La Canourgue.
Accompagnement vers la restructuration des référentiels
Ce nouveau partenariat comporte, selon les termes de référence proposés par le CNFTPA de Thiaroye, plusieurs objectifs de collaboration et d’accompagnement de l’équipe pédagogique, telles que la restructuration des référentiels de formation et d’évaluation – certification selon une approche par compétences (guide OIF, 2009) pour la formation de technicien supérieur en aquaculture ; l’identification des besoins en formation continue des acteurs de la filière aquacole et l’accompagnement à l’écriture de modules spécifiques ; mais aussi l’analyse des infrastructures aquacoles disponibles dans le centre, des supports pédagogiques et des conseils d’amélioration ; l’accompagnement pour la création d’une unité aquaponique au sein du centre ; et enfin l’organisation d’un planning de visites en France pour une délégation de représentants du centre de formation.

Un centre de formation publique fort de 60 ans d’expérience
« …Résultat d’une mutation de l’ex École des Agents Techniques de l’Océanographie et des Pêches Maritimes de Dakar/Thiaroye (EATOPM, 1963), le CNFTPA depuis 2009 a su constamment adapter son offre de formation aux besoins définis par l’État, les secteurs parapublic et privé au niveau national et international. Depuis quelques années, au vu de l’évolution du secteur, le centre a notamment élargi ses activités de formation à la pêche continentale et à l’aquaculture. (…) Fort de ses soixante années d’expérience, l’ambition du CNFTPA est de former des acteurs capables de contribuer efficacement au développement durable du secteur de la Pêche et de l’aquaculture… » (extrait de la page LinkedIn du CNFTPA).
Les formations en aquaculture ont une importance toute particulière avec la raréfaction des ressources halieutiques au Sénégal, liée à la surpêche. Or le poisson constitue un aliment essentiel pour la sécurité alimentaire des populations. C’est pourquoi le ministère des pêches en fait une priorité au sein de la nouvelle politique gouvernementale, la Vision Sénégal 2050. Le besoin de ressources humaines en matière d’aquaculture durable constitue ainsi le point de départ de ce partenariat avec le centre de Thiaroye.
4 jours de mission au contact d’une équipe pédagogique pro-active
Catherine Lejolivet raconte.
La mission s’est déroulée du 20 au 23 octobre 2025. Le premier jour, accompagnée par Sébastien Subsol, mis à disposition de la DGER à l’Ambassade de France à Dakar, a été consacré à la présentation de l’équipe, des différents équipements du centre.
M. Camara, Directeur du Centre, anime une équipe qualifiée dans les différentes disciplines scientifiques et techniques.
Mon rôle a été par la suite de présenter mon établissement, ses formations et ses outils aquacoles (ferme piscicole, station d’aquaponie) et rapidement de rentrer dans le vif du sujet par la présentation de la démarche d’analyse des situations de travail. Les deuxième et troisième jours ont permis d’identifier à partir de tâches déterminées des situations de travail, des compétences transversales et spécifiques en s’appuyant sur les contenus de formation existants et de les associer pour créer des modules.

Dans l’après-midi de cette troisième journée, M. Camara a planifié un déplacement à une cinquantaine de kilomètres de Dakar, près de la Commune de Kayar pour rencontrer Mme Khadidiatou Sar Seck, au sein de sa ferme piscicole et agricole de Mbawane. À cette occasion, nous avons pu visiter ses infrastructures aquacoles et échanger sur les modalités d’évolution de la formation de techniciens en aquaculture, pour répondre aux attentes des entreprises sénégalaises. La rencontre avec cette dame, qui plus est présidente de l’ANAFAS (Association Nationale des Acteurs de la Filière Aquacole du Sénégal), a constitué un point particulièrement marquant de cette mission.
Au-delà de ses compétences professionnelles et de son ingéniosité pour adapter sa production aux enjeux environnementaux (sécheresse, salinisation des sols) et socio-économiques locaux (employabilité des jeunes, circuits courts), cette personne a exprimé clairement ce qu’elle attendait des formations pour les jeunes, à savoir : l’acquisition de compétences scientifiques mais surtout techniques et pratiques, pour répondre rapidement et efficacement aux enjeux du pays.

Au cours de la dernière journée d’atelier, les échanges très fructueux ont permis de positionner des volumes horaires par compétence et de revenir sur les contenus actuels de formation aquacole pour vérifier le maintien des contenus existants. Le travail collaboratif continue à ce jour.
Une mission riche et plein de surprises dans une vie quotidienne entre ville et milieu rural
Cette mission m’a permis de partager des pratiques pédagogiques, de découvrir les enjeux pour cette filière de production en zone tropicale et de m’adapter aux besoins de l’équipe du centre de formation. La vie quotidienne a été riche également, puisque je prenais tous les jours les moyens de locomotion locaux (taxi et train) me permettant de m’immerger dans la vie quotidienne des Sénégalais. Lors de cette mission, Sébastien Subsol a été très disponible pour me conseiller dans différents domaines professionnels, culturels et aussi organiser des moments de découverte de l’histoire locale avec en particulier la visite de l’Île de Gorée, qui est de plus incluse dans une aire marine protégée.
À l’issue de cette expérience en immersion tropicale et dans mon domaine de prédilection, l’aquaculture, je souhaite remercier en premier lieu toute l’équipe du CNFPT de Thiaroye et Monsieur Camara pour leur accueil et la qualité des échanges. J’adresse également un grand merci à toutes les personnes et institutions ayant contribué à la réussite de cette mission, notamment la DGER via le BRECI et le réseau CEFAGRI, en la personne de Vanessa Forsans pour sa confiance mais aussi Sébastien Subsol, attaché de coopération formation agricole à l’Ambassade de France à Dakar pour sa disponibilité et ses précieux conseils pour la conduite du programme et des sessions d’atelier.
A la suite de cette première expertise, une seconde mission de regroupement a été organisée du 10 au 15 février 2026 à Thiaroye.
Le travail en atelier a permis de co-valider des travaux à distance pour la rénovation de la formation initiale et continue mais également de présenter le planning de visites d’entreprises aquacoles qui a été élaboré au cœur de l’Occitanie.
La visite du site de production aquacole de VEMAR Group et une séance de travaux pratiques au sein des installations aquacoles du centre en compagnie du responsable d’écloserie ont alors été programmées.Manipuler des géniteurs de Clarias constitue une première dans le parcours aquacole de Catherine Lejolivet !
Article proposé par Catherine Lejolivet, enseignante en aquaculture au LEGTPA Louis Pasteur de La Canourgue – catherine.lejolivet@educagri.fr
Contacts : Sébastien Subsol, mis à disposition de la DGER à l’ambassade de France à Dakar – sebastien.subsol@diplomatie.gouv.fr
Vanessa Forsans, animatrice du réseau CEFAGRI – vanessa.forsans@educagri.fr