Visite préparatoire au Bénin : agroécologie et interculturalité

Du 16 au 28 octobre 2025, deux enseignants du lycée agricole Olivier de Serres de Quetigny, métropole de Dijon, sont allés au Bénin à la rencontre des partenaires avec lesquels se prépare une mobilité collective de leurs étudiants.

Il y a eu à l’été 2024 un premier séjour au Bénin d’Emmanuel Lacouture, artiste enseignant d’aménagement paysager, séjour qui l’a amené à découvrir le site exceptionnel des collines de Dassa et d’y créer une œuvre au sommet d’Okuta, colline-centre culturel à ciel ouvert de l’artiste béninois Félix Agossa. En février 2025, à la faveur d’une mission dans cette région, un prolongement de ce projet culturel allié à la formation agricole et à l’agroécologie est suggéré par l’animatrice du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale, Vanessa Forsans et le chargé de coopération Afrique subsaharienne, Rachid Benlafquih, de la Direction Générale de l’Enseignement agricole et de la Recherche. Une équipe de personnels motivés par l’idée d’une mobilité collective d’apprenants se constitue au printemps 2025 au lycée agricole de Dijon.

Un projet d’échange entre étudiants français et béninois

L’échange réunira des étudiants français de la classe préparatoire aux grandes écoles Agro-Véto post-BTS et des apprenants du lycée agropastoral de Savalou, situé dans la région des Collines au Bénin.
L’objectif commun : partager et confronter les pratiques agroécologiques, tout en favorisant la découverte mutuelle des cultures.
C’est donc dans le cadre d’un futur échange de pratiques agroécologiques et culturelles franco-béninois, que Delphine Roumier, enseignante de Sciences de la Vie et de la Terre, et Emmanuel Lacouture, ont réalisé une visite préparatoire au Bénin en octobre 2025, en partie accompagnés par l’animatrice du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale pour rencontrer les partenaires locaux, identifier les lieux de mise en œuvre des ateliers techniques et culturels, et finaliser les modalités pédagogiques et logistiques du futur échange prévu du 27 mars au 10 avril 2026.

Une collaboration technique au service de l’agroécologie

Ce séjour a permis de concevoir les futurs ateliers pratiques qui seront menés conjointement par les étudiants béninois et français.
Durant la visite, les enseignants français ont notamment séjourné à l’éco-ferme Maktub à Dassa, gérée par Armand, acteur local engagé dans l’agroécologie. L’éco-ferme regroupe près de 80 essences végétales, cultivées selon des principes d’association et de complémentarité. Les futurs échanges permettront aux étudiants de travailler sur la reconnaissance et l’étude des propriétés de ces plantes valorisant les associations, afin de mieux comprendre les dynamiques d’un écosystème diversifié et résilient.
Ce travail sera complété par des ateliers menés au lycée agropastoral de Savalou, en partenariat avec les enseignants et les professionnels locaux (chef d’exploitation, ingénieurs, pépiniéristes…). Ces échanges techniques ont également permis de finaliser les aspects administratifs et organisationnels du futur projet.
En effet, le cœur du projet reposera sur un chantier collectif d’aménagement d’un jardin nourricier sur la colline du site culturel d’Okuta, à Dassa.

Ce site, propriété de Félix Agossa, artiste sculpteur plasticien de renommée internationale, accueillera la plantation d’environ un millier de plants. L’objectif : concevoir un jardin agroécologique résilient, où les différentes espèces végétales interagiront pour créer un écosystème harmonieux et durable.

Un ancrage culturel fort

Au-delà de la dimension agroécologique, la visite a également permis d’identifier plusieurs axes culturels qui seront intégrés dans le programme de l’échange, grâce à la participation d’Adébayo Hounsou (partenaire du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale-AOAC, qui l’avait invité dans un lycée agricole en 2022 pour une résidence artistique « Slam Nature : sensibiliser à l’agroécologie par l’interculturalité »).
Les enseignants ont visité la ville lacustre de Ganvié, un écosystème exceptionnel qu’ils souhaitent faire découvrir aux étudiants français, ainsi que le port de Cotonou et son célèbre mur artistique, la statue de l’Amazone et enfin la ville historique d’Ouidah, haut lieu de mémoire de la traite négrière.
Ces découvertes culturelles visent à favoriser la compréhension interculturelle et à ancrer le projet dans une approche globale du développement durable et solidaire.

Une coopération prometteuse

Cette visite préparatoire a permis de consolider les partenariats entre les établissements, de valider les objectifs pédagogiques et de préparer le terrain pour un échange riche de sens et d’apprentissages, dans la durabilité.
Une charte de partenariat fait l’objet d’échanges entre l’établissement de Dijon-Quetigny et l’établissement de Kpataba Savalou, pour une signature qui pourrait se finaliser à l’occasion de la venue, au premier trimestre 2026, du directeur et d’un enseignant béninois invités par l’équipe française. L’accueil particulièrement chaleureux des partenaires béninois et leur implication dans la co-construction du projet témoignent de la vitalité de la coopération internationale au sein de l’enseignement agricole.


« Cette expérience humaine et professionnelle a confirmé la pertinence d’un tel projet : nos étudiants auront l’opportunité de travailler ensemble, de s’ouvrir à d’autres pratiques et de mieux comprendre les enjeux d’une agroécologie mondiale et solidaire. »

Lire aussi : Slam Nature : terres sacrées d’Afrique et d’Auvergne

Article proposé par Delphine Roumier, enseignante de Science de la Vie et de la Terre et coordinatrice de la Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles-Agro Véto Post BTSA, et Emmanuel Lacouture, enseignant en conception paysagère, au lycée agricole Olivier de Serres à Dijon Quétigny – delphine.roumier@educagri.fr et emmanuel.lacouture@educagri.fr

Contacts : Vanessa Forsans, co-animatrice du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale de la DGER avec William Gex , vanessa.forsans@educagri.fr, william.gex@educagri.fr




De la Gironde au Sénégal

Le Centre de Formation d’Apprentis Agricoles de Pugnac en Gironde est allé à la rencontre de ses partenaires du village de M’Bodiène au Sénégal en octobre 2025.

Les objectifs de la mission étaient de rendre visite aux partenaires historiques : l’École publique de M’Bodiène et l’association AFAFA (Aide aux Femmes Africaines par la Formation à l’Agroécologie), de rencontrer l’association AFRICULTURBAN dans le quartier de Pikine à Dakar qui promeut le dynamisme des culture urbaines africaines et favorise l’expression artistique, d’évaluer et soutenir les projets en cours des différents partenaires et d’envisager une mobilité d’apprentis de Haute Gironde des formations Commerce et Agriculture en 2026.

Des rencontres riches et passionnantes

Tout d’abord avec l’équipe pédagogique de l’école primaire de M’Bodiène et de l’école maternelle qui a mis en avant l’intérêt pédagogique du jardin potager et fruitier situé dans l’enceinte de l’école primaire, véritable support pédagogique et d’expérimentation pour l’équipe et les élèves. La plantation d’arbres fruitiers et d’ornement dans la cour de l’école est valorisée, les élèves parrains et marraines des arbres sont en charge des soins et de l’arrosage. Des besoins ont été exprimés afin d’optimiser ce support pédagogique, l’installation d’un système de gouttes à gouttes est mise en avant tout comme la nécessité de formations techniques dans le domaine agricole.
L’ équipe de l’école maternelle a aussi fait valoir certaines demandes tant pour les aménagements extérieurs que pour les espaces intérieurs.

Rencontre avec le coordinateur de l’association AFAFA et les groupements de femmes.

la délégation s’est rendue à Tataguine (région de Thiès) pour voir l’état d’avancement du projet de la ferme agroécologique. Elle était accompagnée du coordonnateur de AFAFA et de la coordinatrice des 2 groupements de femmes. Une réunion des deux groupements de femmes, celui de Mbacken et celui de Tataguine Trao, a été organisée. Ce projet vise à créer un centre de formation agricole dans la région de Fatick, plus précisément dans le village de Tataguine Trao. Le centre offrira des formations pratiques et théoriques en agroécologie, en agriculture durable et en gestion de petites exploitations, à destination des femmes, des jeunes et des agriculteurs locaux. L’objectif est d’améliorer les compétences des agriculteurs, de promouvoir des pratiques respectueuses de l’environnement et d’assurer une meilleure sécurité alimentaire dans la région. Ce projet s’inscrit dans une démarche de développement local, en offrant un espace d’apprentissage, de dialogue, d’échanges, de partages des savoirs et savoir-faire endogènes pour les populations locales, notamment les femmes et les jeunes. Il s’agit d’un projet de ferme interactive axée sur la biodiversité locale, qui promet d’être riche tant pour la population locale, nationale que pour de futures coopérations internationales.

Une deuxième visite a eu lieu dans le village de N’Diémane à la rencontre d’un groupement féminin de la ferme de Mbogayif, village où les apprentis de Haute Gironde, à l’occasion de deux mobilités, avaient travaillé avec AFAFA au centre agroécologique (centre aujourd’hui disparu suite au décès d’un des responsables et à la reprise des terres par son épouse).

Aujourd’hui, un groupement féminin coordonné par AFAFA est actif sur un terrain divisé en 41 parcelles pour 65 femmes. Une case à semence paysanne est en cours de construction et une femme responsable de cette case a été désignée et formée. Un bel exemple de promotion de l’agriculture paysanne, saine porté par les femmes.

Enfin le temps d’échanges avec l’association des cultures africaines urbaines AFRICULTURBAN de Pikine à Dakar a été particulièrement riche et enthousiasmante. Établie dans la banlieue de Pikine à Dakar, l’association Africulturban aide les jeunes à se professionnaliser au travers des cultures urbaines en offrant des formations gratuites et avec la création de festivals de musique. L’organisme cherche avant tout à donner les moyens à la jeunesse de développer des compétences professionnelles. Ainsi, il offre des ateliers de rap, DJ, hip-hop ou de slam, un studio d’enregistrement, mais aussi des formations en graphisme, photo et marketing afin que les jeunes aient les outils nécessaires pour propulser leur carrière artistique.
C’est la venue d’Amflo, un artiste chanteur et auteur-compositeur sénégalais, membre de l’association qui, dans le cadre d’échanges internationaux, a séjourné en France en Haute Gironde en 2024/2025 pour une résidence artistique avec une association locale, qui a fait que la rencontre à Pikine a eu lieu.

Considérant que la culture est un objet d’émancipation des jeunes et de transformation sociale, que la valorisation des cultures urbaines est un atout pour les publics jeunes, la délégation et les membres d’AFRICULTURBAN ont acté une collaboration artistique entre les apprentis de Haute Gironde, les jeunes de M’Bodiène et l’association. Le projet pourrait être mené dans la maison des jeunes de M’Bodiène, maison construite par le rappeur américano-sénégalais Akon, bien connu de l’équipe de AFRICULTURBAN.


Cette rencontre artistique a été conclue par un échange musical apportant une belle énergie pour le montage d’un éventuel projet de mobilité en 2026, année qui célébrera les 20 ans d’AFRICULTURBAN.

Un bel élan aussi pour poursuivre les coopérations avec les partenaires historiques.

Article proposé par Laurence Dautraix, enseignante au CDFAA – EPLEFPA Bordeaux Gironde, laurence.dautraix@educagri.fr

Contacts :Vanessa Forsans, co-animatrice avec William Gex, du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale de la DGER, vanessa.forsans@educagri.fr, william.gex@educagri.fr




Expertise en (trans)formation laitière en Mongolie

L’expertise de l’enseignement agricole français a été sollicitée par l’Ambassade de France en Mongolie pour une mission auprès d’opérateurs mongols sur l’importance de la qualité du lait en transformation fromagère.

Mobilisée par le réseau CEFAGRI de la DGER pour effectuer cette mission en Mongolie, Stéphanie Deltheil, enseignante en productions animales au lycée agricole d’Auch, partage ici cette expérience.

Vers une production durable et une meilleure nutrition

Du 24 mai au 7 juin 2025, j’ai eu le privilège de participer à une mission d’expertise en Mongolie, en lien avec l’Ambassade de France en Mongolie et le Ministère de l’Agriculture Mongol.
Cette mission s’inscrit dans le cadre de la coopération agricole franco-mongole, dans la continuité d’un partenariat engagé depuis plus de deux décennies, qui s’est renforcé lors de la participation de la Mongolie en tant que pays invité d’honneur au Sommet de l’Élevage de Clermont-Ferrand en 2022. Elle s’inscrit également dans les priorités définies par la FAO pour la Mongolie (2023-2027), en faveur d’une production durable et d’une meilleure nutrition.
L’objectif principal était d’apporter une expertise technique sur l’importance de la qualité du lait en transformation fromagère, dans un contexte où la demande de produits laitiers ne cesse de croître en Mongolie, notamment dans les zones urbaines. Malgré un fort dynamisme entrepreneurial et un soutien public au développement de l’élevage intensif, les filières laitières mongoles rencontrent des difficultés à structurer l’aval de la production, en particulier sur les questions de collecte, de transformation et de formation professionnelle.
Les axes de travail ont porté sur l’évaluation de la qualité du lait dans les processus de transformation fromagère, l’analyse des systèmes de production laitière en Mongolie (nomade, semi-intensif et intensif), l’identification des besoins en formation tout au long de la filière, le renforcement des liens entre les opérateurs mongols et l’expertise française, et bien sûr l’exploration des perspectives de coopération dans l’enseignement agricole.
Réalisée sur une durée de deux semaines, la mission a permis une première approche du contexte local à travers des visites de terrain auprès d’éleveurs et de transformateurs, des échanges avec des acteurs publics, privés et institutionnels, l’analyse du contexte historique, culturel, pédoclimatique, économique et technique, et une restitution des constats, forces et points de vigilance.

De la qualité à la transformation

Ayant déjà participé à deux missions d’expertise en Algérie et au Bénin, j’ai répondu en septembre 2024 à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par l’animatrice du réseau CEFAGRI, Vanessa Forsans, pour participer à cette mission en Mongolie.
Initialement très orientés sur la technologie laitière et la transformation fromagère, les termes de référence de cette mission ont fait l’objet de plusieurs échanges avec les chargés de mission du Bureau des relations européennes et de la coopération internationale, Rachid Benlafquih sur l’expertise à l’international et Anne-Laure Roy sur l’Asie et l’attaché de coopération agricole à l’ambassade de France en Mongolie, Augustin Ledez. Nous avons alors convenu qu’un travail plus transversal de l’amont à l’aval serait plus adapté au contexte, la qualité du lait produit étant aussi importante que le procédé de transformation en lui-même. Ainsi, après plusieurs réunions en visioconférence pour décider des orientations de la mission, nous l’avons intitulée « Mission d’expertise auprès d’opérateurs mongols sur l’importance de la qualité du lait en transformation fromagère » et avons choisi le mois de juin comme le plus favorable à sa réalisation, la collecte de lait étant interrompue d’octobre à mai pour des raisons climatiques rigoureuses sur la période hivernale.
Une fois ces orientations définies, Augustin Ledez a pu dresser une liste de partenaires à contacter et rencontrer, que nous avons validée ensemble, et élaborer le planning de la mission sur 6 jours. Une des premières étapes a été l’organisation au mois de mai 2025 d’une présentation de la mission en visioconférence auprès des différents opérateurs locaux impliqués avant le départ sur place, afin de détailler le planning prévu mais également la présentation de l’enseignement agricole français, la transformation laitière et les procédés de transformation fromagère. Cette première prise de contact à distance m’a permis de commencer la mission sur place dans des conditions optimales.

6 jours de mission

Les 6 jours de mission ont été intenses et rythmés. La mission a débuté par des visites de terrain dans plusieurs provinces (Bayantsogt, Burhanta, Mandal Sum…) auprès d’éleveurs et d’unités de transformation, dans une zone située entre 200 et 250 km au nord-ouest de la capitale, Oulan-Bator.
Nous avons vu les deux grandes catégories d’élevages représentatifs des systèmes de production de lait de vache actuellement en place en Mongolie : semi-intensifs et intensifs, ainsi que plusieurs projets de grande taille en cours de développement. Concernant les unités de transformation, nous avons pu visiter ou rencontrer les dirigeants d’unités traditionnelles à rayonnement local, et d’unités industrielles de plus grande envergure, structurées autour de modèles économiques plus complexes. En voici un petit tour d’horizon :

Coopérative Suun Dalain Orgill

Global Civic Sharing, ONG sud coréenne impliquée dans le développement en Mongolie, notamment via le soutien à des coopératives telles que Jargalant Milk dont nous avons visité les locaux

L’insémination animale, facteur de progrès génétique dans les élevages laitiers mongols (ici un élevage familial semi intensif)

Les bâtiments modernes de la ferme Khosberse

L’éleveur M. Sukhbaatar

L’éleveur M. Boldbaatar

Distributrice de fourrages

Bar à lait fermier à la ferme Haromafuji

Responsable du cluster NAF

Montbéliardes importées de France

Installation de traite

Bâtiment récent, propre et fonctionnel

Stockage du résidu liquide de vodka, utilisé pour l’alimentation du troupeau

Réception du lait au point de collecte APU Dairy

Analyse du lait à l’arrivée au point de collecte

Enkhbileg G, directeur d’APU et Bayarmaa Battogtok, Manager d’EBRD, ONG engagée dans la recherche de la souveraineté alimentaire et laitière en Mongolie et notre interprète

Salles de fabrication et de stockage du fromage dans l’usine APU

Avec Gantulga Bulgan, président-directeur général, et Amarbayasgalan Batdorj, responsable des approvisionnements de l’usine SUU à Oulan Bator

Après ces visites, ont suivi des journées d’entretiens avec des acteurs publics, privés et institutionnels : transformateurs, coopératives, universités, ONG, FAO, banques, services vétérinaires… qui ont eu lieu à Oulan-Bator. Une journée de synthèse et d’analyse des pratiques, des infrastructures et des dispositifs de formation m’a ensuite permis de préparer pour le dernier jour le séminaire de restitution des constats, forces et points de vigilance, organisé à Oulan-Bator au sein des bureaux de la NAMAC (National Association of Mongolian Agricultural Cooperatives), acteur impliqué dans le projet.

Ouvrir la voie de la formation

A l’issue de ces 2 semaines en Mongolie, entre immersion personnelle lors de la première semaine et rencontres professionnelles lors de la mission, les éléments suivants ont été mis en évidence et présentés lors du séminaire de restitution : un diagnostic partagé entre forces (dynamisme de l’ensemble des acteurs rencontrés, volonté d’évolution, nombreux projets structurants) et faiblesses (technicité perfectible, hétérogénéité des pratiques, formation insuffisante, respect de la chaîne du froid aléatoire). Les premières conclusions démontrent un fort potentiel de coopération autour de la qualité du lait, de la transformation fromagère et de la formation et une volonté manifeste de structurer la filière, de valoriser les éleveurs et de renforcer les liens entre acteurs publics et privés.
Les perspectives suite à ce premier travail sont nombreuses, la mission devrait ouvrir la voie à une coopération structurée dans les domaines de la formation, de l’appui technique et de la valorisation des savoir-faire français en élevage et transformation. Les premières pistes portent sur le développement de partenariats avec l’enseignement agricole français pour former formateurs, techniciens et étudiants, mais aussi l’accueil d’étudiants mongols en BTSA Bioqualim par exemple ou encore la mise en place de programmes de formation initiale et continue sur les métiers du lait en Mongolie.

Mongolie : le rêve de tout passionné d’élevage

Professionnellement, il s’agissait de ma troisième mission d’expertise via le réseau CEFAGRI, mais pour la première fois j’étais seule en tant qu’experte, ce qui relevait donc d’un challenge assez important. Toutefois le travail sur place avec Augustin Ledez m’a permis de rapidement prendre mes marques, j’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec lui, et nous avons constitué un binôme efficace. Les nombreux contacts que nous avons établis et les multiples rencontres m’ont permis de développer un réseau professionnel nouveau et riche, les expériences partagées ayant été extrêmement intéressantes.
Sur le plan personnel, j’ai découvert un pays que je rêvais de visiter depuis longtemps, la Mongolie étant une terre d’élevage et de grands espaces, elle fait rêver tous les passionnés d’élevage, et je n’ai pas été déçue. Les Mongols sont des gens accueillants, désireux de partager leur mode de vie, et curieux de découvrir et échanger sur les habitudes européennes, qu’elles soient personnelles ou professionnelles.
En amont de la mission, j’ai pu passer une semaine à titre personnel dans les steppes, chez des éleveurs nomades qui m’ont fait partager leur quotidien, leur culture, leurs traditions, leur mode d’alimentation basé principalement sur les produits carnés et laitiers issus de leurs animaux, les modes d’élevage et leurs recettes aussi. Ce temps d’imprégnation a été au final une période clé de la mission car il m’a permis de m’imprégner de la culture et de l’agriculture mongole, et de me sentir plus à l’aise durant les 6 jours de mission.
A l’issue de cette expérience hors du commun, je souhaite adresser un grand merci à toutes les personnes et institutions ayant contribué à la réussite de la mission, notamment la DGER via le BRECI et le réseau CEFAGRI pour leur soutien, FranceAgriMer pour les aspects logistiques, la NAMAC et le ministère de l’Agriculture de Mongolie pour leur collaboration, ainsi que les partenaires mongols pour leur accueil et leur implication. Des remerciements particuliers vont à l’équipe locale de coordination, à l’interprète pour son travail essentiel, à Augustin Ledez et Madame l’Ambassadrice de France en Mongolie pour leur appui précieux et leur hospitalité.

Article proposé par Stéphanie Deltheil, enseignante en productions animales au lycée agricole d’Auch – stephanie.deltheil@educagri.fr

Contacts : Anne-Laure Roy, chargé de coopération Asie au BRECI/DGER/MASA – anne-laure.roy@agriculture.gouv.fr, Rachid Benlafquih, chargé de mission expertise à l’international au BRECI/DGER/MASA – rachid.benlafquih@agriculture.gouv.fr, Vanessa Forsans, animatrice du réseau CEFAGRI – vanessa.forsans@educagri.fr




De la terre au dabali

Dabali signifie « repas » C’est le projet d’échange interculturel franco-ivoirien autour de l’alimentation concrétisé par une mobilité collective en Côte d’Ivoire du Campus agricole de Vire du 1er au 18 avril 2025.

Le partenariat entre le Campus agricole de Vire, en Normandie et l’École d’élevage de Bingerville, en Côte d’Ivoire, existe depuis une quarantaine d’années ! Et sous couvert du partenariat signé entre leurs tutelles respectives que sont la Direction générale de l’enseignement et de la recherche et l’Institut national de formation professionnelle agricole, des échanges en réciprocité sont régulièrement organisés.
Ainsi, suite à deux rencontres récentes entre apprenants, en décembre 2022 en Côte d’Ivoire et avril 2024 à Vire, mais aussi des échanges entre personnels lors du Salon de l’agriculture à Paris, auxquels s’ajoute l’accueil depuis 2017 de deux volontaires ivoiriens en service civique chaque année, est née l’envie de partage d’activités entre jeunes. Par l’intermédiaire du Club Afrique (association loi 1901) créé en 2023 au sein du Campus de Vire, ils ont souhaité travailler sur un chantier collaboratif de solidarité internationale sur le thème de l’alimentation.

 Dabali signifiant « repas », « action de manger »

Après différents échanges en visioconférence entre pairs, 9 jeunes Ivoiriens et 9 jeunes Français issus de différentes classes du campus ont proposé de créer un potager permettant ainsi le partage de techniques et la découverte de leur culture respective. Un des buts était de réfléchir sur le circuit-court et l’autonomie alimentaire. Ils ont donc proposé, en complément, de visiter différents systèmes de productions locales et de vente (marchés), et de cuisiner des plats typiques ensemble.
De plus, un jeu créé par le club l’année dernière, sous forme d’Escape Game, a été retravaillé avant de partir et emmené afin d’être présenté à de jeunes enfants sur place.

L’action principale de ce séjour était donc un chantier de création d’un potager. Les jeunes ivoiriens avaient préparé le terrain qui leur avait été mis à disposition à l’école d’élevage (nettoyage, travail du sol et plantation de quelques plants). Les jeunes français avaient proposé de leur côté de leur montrer comment faire des carrés hors sol avec du tressage de branches. Pour cela, ils ont utilisé une espèce locale de bambous et travaillé avec les outils tels que la daba et la machette. Trois carrés ont ainsi pu être finalisés, remplis de copeaux, de déchets végétaux et de sable. Puis les jeunes y ont semé différentes espèces (salades, carottes, piments).

Pour compléter ce chantier et favoriser les échanges autour du circuit court, plusieurs visites ont été effectuées. Tout d’abord, il y a eu un accueil dans deux villages, Santai et de Bomissambo, par les différentes chefferies afin d’observer les préparations de mets typiques ivoiriens comme l’attiéké et la cuisson du manioc. A aussi été visitée la palmeraie PALMCI et son usine de production d’huile de palme, ce qui a permis de travailler les points de vue de chacun sur une production controversée.

   

Les jeunes ont préparé à plusieurs reprises des repas ensemble après avoir fait les achats au marché : des moments forts et un bon moyen d’échanger sur les différentes cultures ! Les soirées plus informelles autour de jeux, karaoké, coiffure, danses,… ont été aussi très riches. Un world-café sur les différentes visites et le ressenti de chacun a permis de le verbaliser.
De plus, le groupe eu la chance de revoir d’anciens services civiques sur leur lieu de production (poulailler et boucherie), là encore des moments riches en émotions.

Enfin, les jeunes ont pu tester leur jeu autour de l’alimentation avec des enfants accueillis à l’orphelinat jouxtant notre hébergement, bâtiment de coopération à ERA-Sud et situé sur la propriété de M. Binger, premier gouverneur de la Côte d’Ivoire française (1893-1895).

Tout le monde est convaincu de la réussite du projet. Le séjour a été un temps fort pour chacun et la rencontre a été au-delà des attentes.
Les points forts remontés sont l’échange interculturel avec la présentation des différentes ethnies et les visites des villages, la préparation des repas, les marchés ainsi que le chantier “potager” (échange de techniques, découvertes de la plantation et culture des légumes pour certains).
Pour ce qui est du chantier, les jeunes ivoiriens doivent poursuivre le potager et partager des photos. Ils pensent créer une cagnotte avec la vente des légumes afin de pouvoir financer des projets collectifs futurs.

Et un prochain chantier franco-ivoirien est prévu pour 2026, à Vire !

En attendant, le Campus agricole de Vire s’apprête à accueillir un septième binôme de volontaires ivoiriens de l’INFPA en mission de service civique.

Article proposé par Coralie Picard, enseignante à l’EPL de Vire, coralie.picard@educagri.fr

(Re)visionnez les films du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale de la DGER tournés lors d’une mission collective à laquelle participait notamment un groupe du Campus agricole de Vire.

Le film Agri-Cultures – La coopération avec la Côte-d’Ivoire (20’20) – réalisé par Julie Lizambard-ConSonImage pour le Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire

Série Agri-Cultures – Le Service civique – La Côte d’Ivoire (7’35)

Contacts :Vanessa Forsans et William Gex, animateurs du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale de l’enseignement agricole (BRECI/DGER/MASA), vanessa.forsans@educagri.fr, william.gex@educagri.fr
Rachid Benlafquih, chargé de coopération Afrique subsaharienne/ECSI/expertise à l’international au BRECI/DGER/MASA, rachid.benlafquih@agriculture.gouv.fr