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Former aux techniques documentaires à Madagascar

« C’est avec plaisir que j’ai pu animer deux sessions de formation aux techniques documentaires à destination des collègues d’établissements d’enseignement agricole de Madagascar, responsables ou futurs responsables d’espaces documentaires, dans le cadre du Réseau des Établissements Agricoles Professionnels de l’Afrique Australe et Océan Indien – REAP AAOI . »

Cécile Maréchal, Documentaliste de l’EPLEFPA Forma’terra – La Réunion

La mise en place de cette formation a été reportée à plusieurs reprises en raison de la crise sanitaire Covid-19.

La première session s’est finalement déroulée au Centre Aïna à Tananarive les 13 et 14 juin 2022 pour 7 participants provenant de structures diversifiées : Centre d’Appui et de Formation professionnelle Agricole (CAFPA), Ecole de Formation de Technicien Agricole (EFTA) de Toamasina,  Ecole de Formation de Technicien Agricole d’Amborovy de Mahajanga, Université Soavinandriana et bien sûr Centre Aïna.

La deuxième session a eu lieu au CAFPA d’Antsirabe les 16 et 17 juin 2022 et regroupait des participants issus du CEFFEL,  de la ferme école de Tombotsoa, du CAFPA d’Iboaka Fianarantsoa et bien sûr de notre structure d’accueil, le CAFPA d’Antsirabe.

Dans l’intervalle, la journée du 15 a été consacrée au transfert entre Tananarive et Antsirabe et m’a permis de découvrir une région au très fort potentiel agricole.

L’objectif de cette formation, qui s’est à chaque fois déroulée dans une atmosphère studieuse mais conviviale, était d’apporter aux responsables ou futur(e)s responsables les techniques nécessaires à la réalisation des principales fonctions documentaires.

Deux journées n’auront certes pas été suffisantes pour maîtriser toutes les « ficelles » d’un métier mais elles auront donné les moyens à l’ensemble des participants d’avoir une vision globale d’un centre documentaire, de repérer les points à approfondir et pour les plus avancés, d’appliquer les techniques apprises dans leur centre de ressource.

A la fin des deux jours de formation, chacune et chacune a pu réfléchir et adapter ses nouvelles connaissances à son propre projet de création ou d’évolution d’un espace documentaire.

L’une des difficultés principales de cette formation a consisté dans la diversité des situations des participants : certains étant en poste à l’université, d’autres dans des petits centres sans véritables moyens pour leur futur espace.

Pour cette raison, il semble particulièrement intéressant, voire nécessaire de les aider à se constituer une documentation minimale qui pourrait être, pour les uns, les prémices d’un espace qui demande un soutien pour une bonne organisation et pour les autres un complément très utile à structurer pour leurs usagers, ainsi que d’outils documentaires indispensables à la mise en place d’un système d’information efficace.

En effet, ma mission m’a véritablement permis de constater le manque criant d’outils de travail et de ressources documentaires quel que soit le centre.

S’il reste donc beaucoup à faire, je tiens à souligner la volonté de tous les participants et à remercier les centres d’Aïna et d’Antsirabe pour leur chaleureux accueil.

Contacts :

Témoignage de Cécile MARECHAL, Documentaliste de l’EPLEFPA Forma’terra – Saint-Paul de la Réunion, cecile.marechal@educagri.fr

Éléments recueillis par Didier RAMAY, animateur du réseau AAOI – Afrique Australe – Océan Indien de l’enseignement agricole, didier.ramay@educagri.fr

Crédit photographique (tête d’article) : site pexels-Rayonnage Bibliotheque – libre de droit

Rachid BENLAFQUIH, Chargé de mission Afrique / Éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale / Expertise Internationale au BRECI-DGER, rachid.benlafquih@agriculture.gouv.fr

 

 

 

 




L’expertise française au service du projet FABA

L’expertise de l’enseignement technique agricole a été mobilisée dans le cadre du projet FABA lors de deux missions en avril 2022 afin d’élaborer des collaborations pédagogiques avec des établissements partenaires ivoiriens et camerounais.

Porté par le Cirad et l’Institut Agro, co-financé par le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et le Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, le projet FABA a pour objectif de développer les formations pour une banane plantain durable en Afrique de l’Ouest et Centrale, à l’attention des producteurs, conseillers et enseignants, afin d’augmenter significativement la production en réponse aux enjeux de sécurité alimentaire, de nutrition et d’emploi, dans une approche innovante, attentive aux jeunes et aux femmes, respectueuse des ressources et du climat et dans la perspective de transférer les acquis du projet à d’autres filières.

Ce projet vise l’intensification agroécologique avec la réalisation de kits pédagogiques en s’appuyant sur des capsules vidéos.

Le projet FABA, c’est quoi ?

Les deux missions menées par l’enseignement technique agricole s’inscrivent dans l’une de ses composantes, consistant en collaborations pédagogiques de sorte à voir comment les établissements africains partenaires pourraient s’approprier et mettre en œuvre les ressources pédagogiques élaborées dans le cadre du projet FABA.

Enseigner à Produire Autrement pour les transitions et l’agroécologie (EPA2)…

En s’appuyant sur l’expérience acquise dans l’enseignement technique agricole au travers du programme  EPA2 d’une part, et de partenariats forts avec la Côte d’Ivoire et le Cameroun d’autre part, il s’est agi de conduire un travail d’analyse des pratiques pédagogiques actuelles dans 2 établissements partenaires ivoiriens de l’INFPA (Bingerville et Abengourou) et 2 établissements partenaires camerounais du programme AFOP (Akonolinga et Sangmélima) et de co-construire des perspectives d’améliorations permettant de mieux prendre en compte les questions de transitions agroécologiques ou d’intensification agroécologique des productions agricoles dans une perspective de création d’emplois, de soutien à l’entreprenariat et l’installation d’agriculteurs, d’amélioration des revenus et des conditions de vie des populations, et de préservation de leur santé et des ressources naturelles.

… en Côte d’Ivoire…

 

… et au Cameroun

 

 

 

 

 

 

Ce travail s’est concentré en particulier sur les stratégies pédagogiques mises en oeuvre par les enseignants afin de stimuler la réflexion des apprenants à l’occasion par exemple de mises en situations nécessitant l’élaboration de résolution de problèmes en proposant des solutions « innovantes » au regard de problématiques ou défis aussi divers que le besoin de produire sans pesticides, la préservation de la biodiversité au champ et des sols, la maîtrise des risques économiques, climatiques et sanitaires, tout en valorisant les savoirs endogènes.

Il a ainsi paru intéressant de regarder particulièrement comment les enseignants créent (ou pas) de l’interactivité avec leurs apprenants, notamment lors de mises en situations pratiques, en s’appuyant sur des supports d’apprentissage, de démonstration ou d’expérimentation tels que des champs écoles par exemple. Il s’est agi aussi de regarder si ces enseignements sont formalisés par des ressources pédagogiques capitalisables, partageables et transférables.

Ce travail d’analyse mené sur les pratiques pédagogiques en agroécologie en général a vocation à ouvrir des perspectives d’améliorations de cet enseignement de façon transversale et inspirer les objectifs plus spécifiques du projet FABA qui est centré sur la banane plantain.

Dans ce contexte il était également nécessaire de comprendre dans quelle mesure les institutions en charge de l’enseignement agricole contribuent aux transitions agroécologiques et à l’intensification agroécologique (produire plus mais mieux par la réduction d’intrants, en rupture avec les révolutions vertes traditionnelles).

Des ateliers de travail fructueux

La première étape a été de caractériser l’enseignement des transitions agroécologiques dans les établissements partenaires camerounais et ivoiriens.

Pour ce faire, les experts français ont d’abord proposé aux apprenants et formateurs des établissements partenaires un questionnaire d’enquête en vue d’analyser les pratiques pédagogiques. Il s’agissait notamment de s’intéresser à plusieurs séries d’interrogations :

– comment les apprenants sont impliqués dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable,

– comment ils sont mis en situation d’acteurs de leur formation, de l’innovation agroécologique,

– comment ils sont sensibilisés à l’économie sociale et solidaire ;

– comment est encouragé l’enseignement de l’agroécologie au sein des établissements par le renforcement de capacités des formateurs ;

– comment est amélioré le renforcement des capacités des agriculteurs sur la pratique de l’agroécologie dans les exploitations agricoles (éventuellement en lien avec les formateurs / conseillers) ;

– comment est valorisée la production d’aliments sains et durables destinés à tous.

Des échanges, sous formes d’entretiens ou de worlcafé, ont permis de faire émerger les forces et faiblesses, les opportunités et menaces des possibilités d’enseigner à produire autrement au Cameroun et en Côte d’Ivoire.

Les experts – directeur (de l’EPL de Pontivy) et directeurs-adjoints (du LPA de Vire et du LPA de Castelnau-le-Lez), directeur de l’exploitation agricole (du LPA de Vire) – ont présenté le plan EPA2 (Enseigner à Produire Autrement pour les transitions et l’agroécologie) et sa déclinaison dans leurs établissements respectifs en Plan Local Enseigner à Produire Autrement (PLEPA). De nouveaux échanges par groupes (apprenants / formateurs / producteurs) ont alors permis de faire émerger un plan d’actions de ce type pour les établissements partenaires camerounais et ivoiriens. Un point focal a été choisi, et un comité de pilotage constitué, de sorte à mener à bien les actions ainsi définies.

De la pédagogie en serious game

Enfin, un partage d’expérience pédagogique ludique a clôturé les ateliers de travail grâce au serious game Agrochallenges, qui a remporté un vif succès, tant auprès des apprenants que des formateurs, signe d’un réel intérêt pour des ressources et pratiques pédagogiques innovantes.

Paroles d’experts

Frédéric Regourd, directeur-adjoint, et Xavier Baudouin, directeur de l’exploitation agricole du LPA de Vire, témoignent de leur mission d’expertise en Côte d’Ivoire :

« Quelques mots sur notre retour d’expérience…

L’objectif de la mission FABA à laquelle nous avons participé au mois d’avril 2022 en Côte d’Ivoire était de renforcer les capacités des producteurs et d’autres acteurs de la filière banane plantain, pour favoriser l’intensification écologique de la culture du bananier plantain par la construction et la diffusion d’outils et de contenus pédagogiques innovants.

Petit retour en arrière : en tant que responsables d’un établissement d’enseignement agricole, le ministère nous a demandé de mettre en place depuis 2020 un PLEPA (Plan Local Enseigner à Produire Autrement). Cette démarche de travail en équipe a permis d’élaborer une stratégie pédagogique pour favoriser les apprentissages de l’agroécologie.

Dans ce contexte, notre mission FABA en Côte d’Ivoire nous a permis de témoigner et de former nos collègues ivoiriens à la démarche de projet pour la mise en place de séquences pédagogiques.

Notre établissement est partenaire depuis de très longues années de l’INFPA et plus particulièrement l’ESEMV (École de Spécialisation en Élevage et Métiers de la Viande) et l’École Régionale d’Agriculture Sud, à Bingerville. Naturellement nous avons pu les rencontrer en priorité, mais nous avons aussi travaillé avec un établissement situé à Abengourou : l’École Régionale d’Agriculture Est.

Le principe a été de rencontrer l’équipe d’enseignants ainsi que les étudiants, une explication de ce qu’est l’agroécologie a démarré la journée, pour ensuite faire place à des tables rondes et des ateliers qui ont permis de voir les besoins de chacun et faire émerger des axes de travail.

La richesse des échanges et la sincérité des relations ont permis d’élaborer en 2 jours sur chaque site deux plans locaux enseigner à produire autrement : une sacrée performance quand on sait que chez nous la même démarche a pris un an !

Cette expérience a été pour nous très instructive et une réussite ! La coopération internationale trouve ici une application concrète avec des équipes pédagogiques qui parlent d’égal à égal et qui ont les mêmes problématiques au niveau des apprenants.

Nous avons pu planifier de futurs échanges à distance afin de poursuivre le travail engagé, le lien entre les équipes pédagogiques est important et la diffusion commune de films du festival Alimenterre permettra de continuer ce riche partenariat.

Un repas ivoirien à base de banane plantain a aussi été réalisé par nos cuisines du lycée agricole de Vire.

Mais déjà, vite après notre retour, a été élaborée une recette à base de banane plantain par notre atelier de transformation, avec la participation d’une étudiante de l’INFPA en mission de service civique.

Et nous avons un projet de mobilité d’une classe de bac pro à Bingerville fin novembre 2022, avec échanges de pratiques sur « produire autrement pour les transitions et l’agroécologie », notamment à l’occasion du SARA (Salon de l’Agriculture et des Ressources Animales) au cours duquel aura lieu le « Forum franco-ivoirien : agroécologie et enseignement agricole » proposé par le Réseau Afrique de l’Ouest du BRECI/DGER, en partenariat avec l’INFPA.

Prêts pour les prochains échanges 🙂 »

Contacts : Vanessa Forsans, animatrice des réseaux Afrique de l’Ouest et CEFAGRI de l’enseignement agricole, vanessa.forsans@educagri.fr

Rachid BENLAFQUIH, Chargé de mission Afrique / Éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale / Expertise internationale au BRECI-DGER, rachid.benlafquih@agriculture.gouv.fr




Experts français aux côtés des ISEP sénégalais

Étienne Vivier, Inspecteur de l’enseignement agricole, déjà présent lors d’une première mission en février 2022, et Romain Bertrand, Directeur de l’EPLEFPA d’Yssingeaux, ont accompagné l’ISEP de Matam dans la construction de son diagnostic territorial.

Étienne Vivier, Romain Bertrand,  pouvez-vous nous présenter le cadre de votre mission ?

Matam est situé à 600 km à l’est de Dakar. C’est une ville frontière séparée de la Mauritanie par le fleuve Sénégal. L’ISEP de Matam a vu le jour par décret présidentiel le 14 juin 2016. Cet Institut Supérieur se veut un établissement au service du développement de la formation de ressources humaines qualifiées avec un ancrage territorial. Il a pour mission principale de former des titulaires du baccalauréat ou équivalent au grade de technicien supérieur dans 5 domaines de métiers (Agricultutre-élevage-production forestière, Agroalimentaire, Mines, Aquaculture et Artisanat).

En quoi a consisté votre mission ?

La convention cadre signée entre le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) du Sénégal et le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de la France le 27 juin 2016 a permis de voir émerger un partenariat visant à aider à la mise en place d’ISEP au Sénégal.

Notre mission se situe à un point d’étape clé pour les ISEP : en effet, après avoir mis en œuvre les programmes pédagogiques et les outils de pilotages nécessaires à leur politique de formation, ces établissements débutent un travail de rédaction de leur projet stratégique.

Nous avions donc convenu avec les équipes de Matam que nous pourrions leur apporter un appui méthodologique dans la mise en œuvre de leur diagnostic territorial afin de repérer les éléments de leur écosystème.

Comment s’est déroulée votre mission ?

Un travail préparatoire en visioconférence a permis à l’équipe de l’ISEP de Matam d’établir un questionnaire à destination de leurs partenaires.

La première journée sur place a consisté à faire réfléchir le groupe sur des notions et de s’accorder sur la fonction d’un diagnostic territorial, à savoir : connaître son territoire, ses forces et faiblesses, ses menaces et opportunités, mobiliser les acteurs en fonction de leurs attentes et besoins, éclairer les choix et orienter l’action de l’établissement et enfin instaurer un dialogue avec les partenaires.

Le groupe a ensuite échangé sur le territoire permettant de croiser les regards de chacun.

Les trois autres journées ont été consacrées à la rencontre de partenaires (professionnels, institutionnels et acteurs de la formation) afin d’opérer des entretiens sur site grâce au questionnaire élaboré. Ces visites se sont déroulées dans deux des départements de la Région Matam, à savoir Kanel et Matam. Le troisième département (Ranerou) ayant été visité par les équipes de l’ISEP seules la semaine précédente.

Enfin, la dernière journée a permis aux équipes de l’ISEP de Matam de traiter les données recueillies à partir d’outils que nous avons conçus de sorte à pouvoir mener un travail d’analyse et dégager des axes stratégiques.

Quel bilan tirez-vous de cette mission ?

Au-delà des rencontres professionnelles enrichissantes que nous avons pu faire avec l’ensemble des équipes de l’ISEP de Matam mais aussi de Bignona et Thiès, représentées lors de cette mission, nous avons pu apprécier l’engagement dont font preuve les membres des communautés éducatives de ces établissements. Ils ont la volonté farouche de faire évoluer leurs structures et de répondre au plus près aux besoins de leur territoire. C’est en ce sens que nous avons pu apprécier les points communs que l’on pouvait trouver entre les ISEP sénégalais et les EPLEFPA français.

Propos recueillis par Vanessa Forsans, animatrice des réseaux Afrique de l’Ouest et CEFAGRI de l’enseignement agricole, vanessa.forsans@educagri.fr

Contacts :

Vanessa Forsans, animatrice des réseaux Afrique de l’Ouest et CEFAGRI de l’enseignement agricole, vanessa.forsans@educagri.fr

Rachid BENLAFQUIH, Chargé de mission Afrique / Éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale / Expertise internationale au BRECI-DGER, rachid.benlafquih@agriculture.gouv.fr

 

Retrouvez l’article précédent présentant la mission d’expertise de diagnostic territorial d’un ISEP au Sénégal, menée en février 2022 par un inspecteur de l’enseignement agricole et le directeur de l’EPL de Roanne :  https://portailcoop.educagri.fr/expertise-internationale-un-chef-detablissement-au-senegal




Expertise internationale : un chef d’établissement au Sénégal

Si les mobilités d’apprenants sont souvent au cœur de la mission de coopération internationale de l’enseignement agricole, cette dernière peut aussi prendre d’autres formes, notamment celle du partage d’expertise.

Ainsi, via le réseau CEFAGRI, divers personnels des établissements agricoles (enseignants, formateurs, directeurs, directeurs-adjoints,…) peuvent être sollicités pour accompagner des réformes de dispositifs de formation ou pour appuyer le développement de filières agricoles, effectuant alors des missions de conseil, d’expertise ou de formation agricole à l’international. Paul Candaele témoigne de son expérience d’expert au titre de la coopération internationale.

Paul Candaele, vous êtes directeur de l’EPL de Roanne et avez effectué du 20 au 27 février 2022 une première mission d’expertise au Sénégal, plus précisément un diagnostic territorial avec l’ISEP de Bignona.

Rappelons tout d’abord le contexte de cette mission. Cinq ISEP (Instituts Supérieurs d’Enseignement Professionnel) ont été créés au Sénégal. Leurs directeurs ainsi que le ministre en charge de l’enseignement supérieur du Sénégal ont été accueillis en France en 2016 pour une mission de parangonnage qui s’est conclue par la signature d’une convention cadre entre les autorités sénégalaises et françaises. Cet accord identifie et positionne le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation comme partenaire privilégié pour accompagner la mise en place au Sénégal de deux ISEP, à Richard Toll et à Bignona, ainsi que leur réseau (RISEP) avec le soutien financier de l’Agence Française de Développement. Ces établissements ont vocation à dispenser des formations de niveau bac+2, en fonction de la demande et des besoins du milieu socio-économique et du bassin d’emploi, avec un fort ancrage territorial.

Pourquoi avez-vous été sollicité pour cette mission d’expertise ?

L’établissement de Roanne Chervé Noirétable a des liens importants avec ce pays, de nombreuses actions de coopération ont eu lieu avec le village de Niasene et nous sommes engagés dans la réflexion autour de la mise en place des ISEP avec, notamment depuis 2018, une volonté de partenariat avec l’ISEP de Richard Toll. La démarche d’expertise réalisée nécessitait à la fois le regard d’un inspecteur à compétences générales (M. Étienne Vivier) et celui d’un directeur d’Etablissement d’enseignement agricole de façon à garantir une bonne articulation des visions.

Quels étaient les objectifs de cette mission ?

L’ISEP de Bignona, situé à 45 minutes de route de Ziguinchor en basse Casamance, se développe : 200 apprenants sont actuellement accueillis dans les locaux récemment investis. À terme il doit accueillir 4000 apprenants sur un site de 50ha qui vient d’être acheté par l’ISEP. Le projet de développement qui doit accompagner cette évolution est donc particulièrement important. La méthode qui a été retenue consiste à réaliser dans un premier temps le diagnostic territorial qui doit permettre de qualifier précisément les besoins des filières professionnelles qui seront servies. Notre mission consistait à assurer un accompagnement méthodologique pour ce diagnostic. Dans un deuxième temps les ISEP vont réinvestir ce diagnostic territorial et réaliser leur propre analyse interne pour écrire leur plan stratégique de développement.

Comment s’est déroulé ce diagnostic territorial ?

La phase initiale avait été largement préparée en amont en visioconférence avec l’ISEP, l’attachée de coopération enseignement agricole à l’ambassade de France à Dakar, FranceAgriMer et la Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche (Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation français) : déroulé de la semaine et préparation de la démarche de questionnement. Un temps conséquent a été consacré aux visites de professionnels sur le terrain. Au total 15 acteurs économiques du secteur de l’agriculture, de l’agroalimentaire et des énergies renouvelables ont été rencontrés : SODECA (Casamançaise), usine de mise en bouteille d’eau minérale à Cap Skirring, Casa Écologie, GIE de transformation de fruits (Papaye, Madd, Ditak…), Bonergie, installation de pompes solaires. Chacun a pu exprimer sa vision du territoire, du développement économique et ses besoins en termes de compétences. À l’issue des visites nous avons proposé une méthode d’analyse des données recueillies de manière à faire émerger les éléments saillants et les principales problématiques territoriales en lien avec la formation professionnelle.

Envisagez-vous de participer à d’autres missions d’expertise ?

Une programmation est déjà envisagée de manière à réaliser un accompagnement similaire auprès de l’ISEP de Matam puis de l’ISEP de Richard Toll.

Que vous a apporté cette mission ?

J’ai été marqué par le recul important des professionnels sénégalais qui ont exprimé avec beaucoup d’aisance leurs demandes en terme de savoir-faire mais surtout en terme de posture entrepreneuriale attendue. Par ailleurs, il est difficile de ne pas évoquer la qualité de l’accueil des Sénégalais : c’est une constante quels que soient le lieu et les conditions.

Quels sont les impacts possibles de cette mission sur l’établissement que vous dirigez ?

Les problématiques liées à l’accompagnement du changement sont peut être plus faciles à percevoir au Sénégal car les traditions sont très présentes, aussi cette expérience me sera certainement très utile pour la poursuite de la mise en œuvre de notre projet d’établissement.

Propos recueillis par Vanessa Forsans, animatrice des réseaux Afrique de l’Ouest et CEFAGRI vanessa.forsans@educagri.fr 

Contacts :

Vanessa Forsans, animatrice des réseaux Afrique de l’Ouest et CEFAGRI vanessa.forsans@educagri.fr 

Rachid BENLAFQUIH, Chargé de mission Afrique / Éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale / Expertise internationale au BRECI-DGER, rachid.benlafquih@agriculture.gouv.fr