Cultiver les savoirs, partager les cultures
Volontaire internationale de réciprocité du Togo en service civique au lycée agricole d’Auch dans le Gers, Koboyabèlo Aguem nous présente son parcours, son aventure au cours de l’année scolaire 2025-2026.
Parcours d’une volontaire togolaise : Je m’appelle AGUEM Koboyabèlo, j’ai 25 ans, je suis Togolaise et titulaire d’une licence en sciences agronomiques, option phytotechnie générale. Mon travail de recherche a porté sur l’évaluation de neuf plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) pour la conservation post-récolte du niébé. Au cours de mon parcours professionnel, j’ai contribué à la promotion de pratiques agricoles durables au sein de structures techniques et d’une ONG engagée dans l’agroécologie. J’y accompagnais notamment les élèves, les enseignants et les parents d’élèves dans la mise en place et le suivi de jardins scolaires agro-écologiques.
Aujourd’hui, je suis volontaire internationale en service civique au Lycée Agricole de Beaulieu-Lavacant en France.
Cette mission représente pour moi une opportunité de renforcer mes compétences dans un domaine qui m’intéresse particulièrement : les plantes à parfum, aromatiques et médicinales. Après avoir travaillé sur cette thématique durant mes études, je souhaitais découvrir d’autres approches, méthodes de production et de valorisation dans un contexte différent. J’étais également motivée par la possibilité de vivre une expérience interculturelle enrichissante, d’apprendre auprès d’autres professionnels et de partager mes connaissances. Enfin, ce volontariat s’inscrit dans mon projet de contribuer au développement d’une agriculture plus durable et résiliente.
J’ai découvert cette opportunité grâce à une publication de l’Agence Nationale du Volontariat au Togo (ANVT), en partenariat avec France Volontaires à Lomé et le réseau Afrique de l’Ouest Afrique Centrale de l’enseignement agricole français. La mission correspondait parfaitement à mon parcours et à mes centres d’intérêt, ce qui m’a motivée à candidater.


Une mission de service civique riche et variée
Mes journées sont rythmées par les différentes activités du projet plantes à parfum, aromatiques et médicinales-PPAM, notamment les recherches bibliographiques, les essais de germination, le suivi des cultures et la rédaction de documents techniques. Je participe également aux réunions de coordination et aux échanges avec les équipes pédagogiques et les partenaires du projet. J’apprécie particulièrement les moments de partage avec les élèves lors des ateliers et des activités pédagogiques, qui enrichissent autant ma mission que mon expérience humaine.
Je travaille en étroite collaboration avec les équipes pédagogiques, les personnels de l’administration, de l’exploitation agricole, les élèves ainsi que différents partenaires du projet PPAM. Cette diversité d’interlocuteurs me permet d’apprendre chaque jour de nouvelles méthodes de travail et d’enrichir ma vision de l’agriculture. Au-delà de l’aspect professionnel, ces collaborations ont également favorisé de belles rencontres humaines et interculturelles.
Au cours de ma mission, j’ai été fortement impliquée dans le développement de la filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) au sein du lycée. J’ai notamment contribué à l’installation de cultures stratégiques telles que la nigelle et le fenouil, dans le cadre de partenariats avec les entreprises Arcadie et Panam Semences, ainsi qu’à la commande et à l’implantation de 281 plants de PPAM destinés à compléter les parcelles de l’année précédente. Je participe également aux réunions du comité de pilotage pour le développement de la filière PPAM dans le Gers.
Parallèlement, j’ai eu l’opportunité de participer à de nombreuses activités pédagogiques, scientifiques et interculturelles. J’ai notamment collaboré à une expérimentation menée avec l’entreprise Mességué, pris part à plusieurs visites d’entreprises et sorties pédagogiques, animé des présentations auprès d’étudiants de BTSA et participé à une émission de radio réalisée par les élèves du lycée.
L’une des expériences les plus marquantes a été mon intervention lors d’un webinaire organisé dans le cadre du Festival des Terres Solidaires du CCFD-Terre Solidaire, où j’ai présenté l’agriculture togolaise et les pratiques agro-écologiques développées dans mon pays. J’ai également participé à plusieurs rencontres de volontaires internationaux, notamment à une table ronde consacrée à des thématiques telles que les migrations, l’interculturalité, les questions de genre et les transitions agro-écologiques organisée par le réseau de l’ECSI de l’enseignement agricole.

Ma contribution au lycée s’est principalement traduite par un appui technique à la production des PPAM. J’ai participé à la recherche et à la sélection des espèces à implanter, à la commande des semences et des plants, à la mise en place des essais de germination, au suivi des cultures ainsi qu’à la rédaction d’outils techniques et méthodologiques destinés à accompagner le projet. J’ai également contribué à la dynamique pédagogique et interculturelle de l’établissement à travers des interventions auprès des élèves, des présentations, des ateliers et des échanges permettant de faire découvrir l’agriculture togolaise, l’agroécologie et les réalités de mon pays.
Surprises et découvertes
L’une des principales différences que j’ai observées concerne l’approche pédagogique. En France, l’enseignement agricole accorde une place importante à la pratique, aux expérimentations et aux visites de terrain, ce qui permet aux élèves d’être en contact direct avec les réalités du secteur. J’ai également été impressionnée par les échanges réguliers entre les professionnels et les apprenants, ainsi que par les moyens techniques mis à disposition pour accompagner la formation. Au Togo, malgré l’engagement des enseignants et des apprenants, les ressources disponibles sont souvent plus limitées, ce qui peut restreindre certaines opportunités d’apprentissage pratique.
Mon intégration s’est faite progressivement. Je suis arrivée au début de l’hiver, une période particulièrement difficile pour moi, car je découvrais à la fois un nouvel environnement, une nouvelle culture et des températures auxquelles je n’étais pas habituée. Au départ, j’étais assez intimidée par tous ces changements, mais j’ai rapidement trouvé mes repères grâce à l’accueil chaleureux et à la bienveillance du personnel du lycée. La présence des étudiants africains m’a également beaucoup aidée à me sentir à l’aise et à trouver ma place au sein de l’établissement.
J’ai connu de nombreuses surprises depuis mon arrivée, qu’il s’agisse du climat, de l’alimentation ou encore de certaines habitudes du quotidien. Bien sûr, il y a eu le choc de découvrir qu’en hiver, le soleil éclaire sans vraiment réchauffer, mais l’une des surprises les plus marquantes a été le passage à l’heure d’été. Je n’avais jamais vécu cela auparavant. Par curiosité, j’ai même décidé de rester éveillée pour observer le changement sur mon téléphone : à 1 h 59, l’heure est soudainement passée à 3 h 00 ! J’étais à la fois fascinée et amusée, avant de réaliser que je venais tout simplement de perdre une heure de sommeil. C’est un petit détail du quotidien, mais pour moi, c’était une véritable découverte et un souvenir que je garde avec le sourire.
J’ai été impressionnée par la découverte d’une culture très différente de la mienne. Bien que les cultures de nombreux pays africains présentent souvent certaines similitudes, j’ai découvert en France des habitudes de vie, des modes de communication, une alimentation, des relations entre élèves et enseignants, ainsi qu’un fonctionnement du quotidien qui m’étaient parfois totalement nouveaux. Parmi les expériences qui m’ont le plus marquée figure la tradition du « Père Cent », célébrée cent jours avant le baccalauréat. J’ai trouvé très intéressant que les élèves puissent se déguiser et partager un moment festif avant une échéance aussi importante. Dans mon pays, cette période est généralement associée à davantage de pression et à une réduction des moments de détente. Cette tradition m’a fait comprendre qu’il est parfois bénéfique de prendre du recul et de déstresser avant un examen afin de l’aborder dans de meilleures conditions.

Cette expérience a renforcé ma conviction que l’agriculture est un secteur d’avenir qui nécessite innovation, adaptation et coopération. J’ai également pris conscience du potentiel des plantes aromatiques et médicinales dans le développement agricole durable.
Cette mission a eu un impact important sur moi, tant sur le plan personnel que professionnel. Vivre seule dans un nouvel environnement m’a permis de tester et de renforcer mes capacités d’adaptation, mon autonomie et ma confiance en moi. Sur le plan humain, j’ai découvert des facettes de ma personnalité que je ne connaissais pas forcément ; je me sens aujourd’hui plus sensible aux autres, plus à l’écoute et plus consciente de l’importance des relations humaines. Professionnellement, cette expérience m’a également apporté une nouvelle vision du travail, en me faisant prendre conscience de l’importance de la rigueur, de la planification et de l’anticipation des imprévus pour mener à bien un projet.
Un défi inattendu
L’un des plus grands défis de cette mission a été une situation totalement inattendue : j’ai appris que j’étais enceinte la veille de mon départ pour la France. À ce moment-là, j’ai immédiatement compris qu’en plus de l’adaptation à un nouveau pays, à une nouvelle culture et à une nouvelle mission, je devrais également me préparer à cette nouvelle étape de ma vie. Au début, je pensais écourter mon séjour et rentrer au bout de quelques mois pour me consacrer à ma grossesse. Puis, avec le temps, j’ai changé d’avis. Je me voyais mal abandonner la mission officielle pour me consacrer uniquement à celle qui n’était pas prévue. Tant que mon état de santé me le permettait, j’ai choisi de poursuivre cette aventure et de mener les deux missions de front.
Cette décision n’a pas toujours fait l’unanimité. Plusieurs membres du personnel s’inquiétaient beaucoup pour moi et auraient préféré que je privilégie davantage le repos. Leur inquiétude était sincère et bienveillante, ce qui m’a beaucoup touchée. Mais cette expérience m’a aussi permis de prendre confiance en moi, de gagner en maturité et de développer une plus grande force mentale. Aujourd’hui, je suis fière d’avoir relevé ce défi et de poursuivre sereinement ces deux belles aventures qui grandissent ensemble.
Et ensuite…
Mon objectif principal est de continuer à apprendre, développer mes compétences professionnelles et renforcer les liens entre les différentes cultures à travers cette expérience de volontariat.
À mon retour au Togo, je souhaite poursuivre mes études tout en continuant à travailler dans le domaine agricole. Avant cette mission, je pensais qu’il serait très difficile de concilier études et activité professionnelle ; aujourd’hui, l’expérience que je vis me donne confiance dans ma capacité à mener de front études, travail et future vie de maman, même si je sais que cela demandera beaucoup d’organisation. Je compte également partager avec ma communauté les pratiques, approches et outils découverts pendant cette mission. Enfin, l’un des projets qui me tient particulièrement à cœur est la structuration d’une filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales au Togo, inspirée des expériences observées et étudiées ici.
Message aux futurs et futures volontaires
Nous sommes souvent plus forts que nous ne le pensons. Je suis arrivée dans un nouveau pays, j’ai découvert une nouvelle culture, une nouvelle façon de travailler et, en même temps, une nouvelle vie grandissait en moi. Aujourd’hui, je retiens qu’il ne faut jamais laisser la peur décider à notre place, car c’est souvent en osant que l’on découvre le meilleur de soi-même.
Mon principal conseil serait de venir sans préjugés et avec l’envie d’apprendre. Tout ne se passera pas forcément comme prévu, mais c’est justement ce qui rend l’expérience aussi riche. Osez découvrir, poser des questions, créer des liens et sortir de votre zone de confort. Vous repartirez avec bien plus que des compétences professionnelles : vous repartirez avec une nouvelle vision du monde et de vous-même. »

Témoignage du tuteur
Vincent Labart, directeur du Lycée agricole de Beaulieu-Lavacant (Auch), partage son regard sur cette aventure : « Depuis son arrivée au Lycée Agricole de Beaulieu-Lavacant à l’automne 2025, Koboyabèlo a marqué notre établissement par son engagement, son professionnalisme et sa capacité à s’intégrer rapidement dans notre dynamique collective. Elle a apporté une vision précieuse dans le domaine des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM). Dès son arrivée, Elle s’est investie avec rigueur et passion dans le développement de notre filière PPAM, en poursuivant la réflexion portée par Aboudou Salam précédent service civique togolais, tout en apportant un regard neuf sur la sélection des espèces à implanter et la méthode de travail.
Au-delà de ses contributions techniques, Koboyabèlo a été une véritable ambassadrice de la diversité et de l’ouverture culturelle. Son arrivée a été une opportunité de renforcer les échanges interculturels favorisant les échanges sur des thématiques comme les migrations, l’interculturalité et les transitions agro-écologiques au sein de notre établissement. Elle a permis à nos élèves de découvrir des pratiques agricoles différentes mais aussi et surtout de s’ouvrir au monde.
Malgré les défis personnels (grossesse et isolement familial pendant la mission), Koboyabèlo a fait preuve d’une résilience et d’une force de caractère remarquables. Elle a su concilier ses missions professionnelles et ses responsabilités personnelles, ce qui est une véritable leçon de vie pour nous tous. Son parcours est une preuve vivante que l’engagement et la curiosité peuvent transformer une mission de volontariat en une aventure humaine et professionnelle inoubliable.
Je lui souhaite tout le succès possible dans ses projets futurs et j’espère que son expérience inspirera d’autres volontaires à venir partager leur savoir et leur énergie au sein de notre établissement. »
Contact : Propos recueillis par les animateurs du réseau Afrique de l’ouest Afrique centrale de l’enseignement agricole (BRECI/DGER/MAASA). Vanessa Forsans, co-animatrice avec William Gex du réseau vanessa.forsans@educagri.fr, william.gex@educagri.fr

