Un partenariat franco-ivoirien pour la formation agricole

Une délégation d’Innovapôle Ondes, établissement agricole situé à une trentaine de kilomètres de Toulouse, composée de son directeur, Johann Berthaut, d’Isabelle Sanson, enseignante de français et philosophie, et Denis Nebout, chef de travaux en agroéquipement, a effectué une mission en Côte d’Ivoire du 15 au 25 février 2026, renforçant le partenariat engagé avec le lycée de Botro depuis deux ans.

Une mission de rencontres, c’est ce dont témoigne tout d’abord l’une des participants, Isabelle Sanson.

« « Vous avez fait la moitié de la route en venant jusqu’en Côte d’Ivoire, à nous de faire l’autre moitié », aiment à rappeler les directeurs des lycées agricoles de Botro et Diabo situés au cœur du pays, dans une région maraîchère parsemée de cultures d’anacardiers.

Pour ce premier déplacement en Côte d’Ivoire, notre objectif était d’étudier la faisabilité d’une mise en place de co-certifications (certificats de spécialisation, certificats de qualification professionnelle dans les domaines du machinisme et du maraîchage dans un premier temps) et le déploiement de la FOAD (formation à distance) de notre BP REA (brevet professionnel responsable d’exploitation agricole).
Avant d’évoquer quelques temps forts du déroulé de notre voyage, il est bon de rappeler que ce partenariat a commencé l’an dernier, avec l’accueil en stage au lycée agricole d’Ondes d’Emmanuel YaoYao qui est venu se former en soudure durant six mois. Nous avons eu le plaisir de pouvoir lui remettre ses diplômes en présence de Mme la préfète de Botro * ; cette dernière, avec beaucoup d’humour, a relevé qu’Emmanuel avait non seulement eu ses certificats de chaudronnier-soudeur et maquettiste industrielle, mais également son certificat de « naissance » car il s’est retrouvé père d’une petite fille durant son stage en France. C’est donc avec beaucoup de courage et de patience qu’il a effectué sa formation loin de sa famille.
Au cours de la semaine, il nous a invité chaleureusement à partager un repas dans son village de Kimoukro ; au menu : poulet braisé, attiéké, et bananes plantains et que d’émotions de rencontrer enfin Marie-France en vrai !
Lors de la visite du lycée de Botro, nous avons fait connaissance avec nos deux prochaines stagiaires : Véronique Aya Kouamé pour le maraîchage bio et Estelle Ago pour la soudure qui devraient arriver autour du 18 mai 2026. Deux jeunes femmes déterminées à monter en compétences pour aider leur famille et leur village. Bien sûr, ces deux jeunes femmes méritantes ne sont pas rassurées de venir en « terre inconnue », mais François Amani, coordonnateur de l’union régionale des maraîchers et partenaire du PNMR (programme national de formation et d’alphabétisation de masse des populations rurales) pour étendre l’agroécologie et le bio en Côte d’Ivoire, sait leur parler pour atténuer leurs inquiétudes et galvaniser leur courage.

 » La vie est un risque, ce choix est un risque, mais celle ou celui qui ne risque rien, n’a rien ! « ou encore:  » Si tu veux aller au paradis, il faut bien mourir ! » Nous les accueillerons avec soin.

Nous sommes obligés nous aussi de faire des choix, aussi le dernier temps fort qu’il me semble important de partager c’est bien entendu cette rencontre avec le chef du village de Pliké Totokro et son assemblée.
Tandis que Benoît Kambo Kouadio (chef de cellule formation-insertion pour le PNMR et traducteur) et Guillaume Gillet, rebaptisé Gnâ Koulou en Baoulé, introduisent notre délégation auprès du chef, pendant que les chèvres en liberté mangent paisiblement les noix de cajou qui sèchent au soleil.
Ici, dans cette région d’obédience plutôt chrétienne et animiste, tout un chacun a un double prénom chrétien et baoulé en fonction du jour de sa naissance. Ainsi, les membres de l’assemblée apprécièrent et rirent de bon cœur lorsque la délégation des « blancs » (très rares dans le coin), se présenta également par son prénom baoulé : Johann Kouamé, Denis Yao, Isabelle M’affoulé. Je vous laisse deviner les jours de naissance de chacun… Ces protocoles de présentations et d’annonces de « bonnes ou mauvaises nouvelles » ne sont pas anecdotiques, ils sont un art de la parole et de la diplomatie et présagent de l’acceptation et de la confiance dans les projets à venir.
Après les photos rituelles, Ambroisie, l’unique femme de l’assemblée et trésorière de l’association des maraîchers, vint échanger et m’offrir une luxuriante papaye pendant que je regardais les bancs des écoliers dans la hutte traditionnelle sous les grands flamboyants aux fleurs oranges.

« Lorsque tu vois un flamboyant au loin, c’est qu’il y a un village », me dit Ambroisie.
Ce dernier moment dans le village de Pliké me rappelle enfin le souvenir que partagea avec nous N’Guessan Koffi, ministre de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de la formation technique pendant que Johann Berthaut se chargeait de la restitution de notre mission : M. Koffi avait déployé une sorte de carte d’état major devant nous et en montrant du doigt la région de Botro, centrale en Côte d’Ivoire, et rappelant ses objectifs :

« Réduire la pénibilité du travail dans l’agriculture grâce aux machines, mais aussi permettre la formation des femmes afin qu’elles puissent rester au village : car, si les femmes restent, alors les hommes resteront » ; il ajouta qu’il était originaire de cette région et souhaitait également épargner aux jeunes écoliers ce qu’il avait connu : « ces dix kilomètres à pieds pour rejoindre la moindre école. »

L’engagement de chacun est souvent parsemé de temps forts vécus et partagés collectivement, il ne me reste qu’à énoncer nos prochains rendez-vous : l’invitation faite par notre directeur pour accueillir une prochaine délégation ivoirienne en septembre 2026 pour le salon national et européen Innovagri du machinisme agricole ; ainsi que le projet d’échanges d’élèves et de formateurs et l’envoi de matériel vers le lycée de Botro. Enfin, les élèves de seconde bac pro maintenance des véhicules en 2024 pourront peut-être retrouver Emmanuel Yao en 2027 en Côte d’Ivoire.

Un partenariat institutionnellement ancré

Depuis deux ans en effet, le lycée agricole d’Ondes est en lien avec le lycée professionnel sectoriel (LPS) de Botro. Cet établissement, sous tutelle du Ministère de l’enseignement technique, de la formation professionnelle et de l’apprentissage (METFPA), devenu Ministère de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de l’enseignement technique (MENAET), propose de nouvelles formations dans le secteur agricole, dans le cadre du programme « Développement de l’éducation, la formation, l’insertion des jeunes- DEFI-Jeunes 2 » pour lequel le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire a obtenu une subvention au titre de la deuxième phase du Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) approuvé par l’Agence Française de Développement (AFD).

Ce partenariat entre établissements de formation agricole français et ivoirien s’inscrit dans le rapprochement engagé depuis 2023 entre le METFPA/MENAET et le ministère français en charge de l’agriculture via les réseaux CEFAGRI et Afrique de l’Ouest Afrique centrale de la DGER.
Il a commencé par des mobilités de Côte d’Ivoire vers la France, avec plusieurs passages au lycée agricole d’Ondes, d’abord ciblé par Guillaume Gillet, Ingénieur de Recherche du MAASA et désormais Expert Technique International Résident en appui au projet FAR-Botro en tant que membre du service DEFIS (Développement, Expertise, Formation, Ingénierie pour le Sud) de l’Institut Agro Montpellier.
Il nous donne ici quelques éléments de contexte de cette coopération :
« Depuis de nombreuses années, l’Institut Agro via les écoles de Rennes-Angers, Montpellier et la cellule DEFIS construisent avec les acteurs ivoiriens un partenariat solide, visible et reconnu, mêlant coopération académique, institutionnelle et technique. Cette relation privilégiée s’appuie sur une présence locale active, facilitant l’émergence de projets concrets : expertises et collaborations de terrain, doubles diplômes, thèses, stages.
Au-delà de sa coopération universitaire avec l’ESA de l’INPHB (École supérieure d’agronomie de l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny), partenaire historique, l’Institut Agro entretient des collaborations étroites avec le MENAET, le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER) ivoirien et de nombreux acteurs techniques. Portés par la cellule DEFIS, ces partenariats permettent en particulier d’assurer une assistance technique de qualité.
Ainsi, dans le cadre du projet C2D-EF, l’Institut Agro a assuré entre 2018 et 2025 la coordination de l’assistance technique au projet d’Appui à la formation agricole et rurale en Côte d’Ivoire et à la mise en place opérationnelle du Lycée Professionnel Sectoriel de Formation aux Métiers Agricoles de Botro.
Cette assistance technique est notamment intervenue dans les domaines de l’ingénierie de la formation, le dimensionnement du Lycée Professionnel Sectoriel à vocation agricole de Botro et de son appui à la gouvernance.
Depuis 2025 et pour une durée de 5 ans, l’Institut Agro a proposé également une assistance technique (résidente et perlée) auprès de ces ministères à travers le projet de formation de masse aux métiers ruraux et d’insertion économique dans le département de Botro. Pour cette première année, cet accompagnement technique par l’Institut Agro a consisté principalement en un appui à l’équipe de coordination nationale ivoirienne via la mise en œuvre des 7 premiers projets dans 5 villages tests, un appui méthodologique à la mise en place d’un programme de capitalisation et de planification pour les 25 premiers villages accompagnés. Elle a par ailleurs participé au renforcement des compétences de l’équipe de coordination locale et des capacités des cadres en charge de la formation.
Au-delà de ces projets structurants, cette assistance technique a aussi pour mission de favoriser une mise en synergie des différents projets et acteurs de la FAR, que ce soit à un niveau local du département via les établissements de formation techniques et les OPA ou à un niveau national avec les autres universités et les incubateurs d’entreprises qui visent à faciliter l’insertion professionnelle, l’emploi et à soutenir l’innovation.
C’est précisément dans ce contexte que l’Institut Agro a été sollicité dans l’accompagnement de cette mission et de ses objectifs et pour laquelle elle avait au départ été mobilisée pour initier ce partenariat. »

De l’accueil à la co-construction de formations

Le premier passage ivoirien à Innovapôle a été celui du directeur du LPS de Botro venu quelques jours en octobre 2024 accompagner l’un des jeunes formés dans son établissement pour un stage long réalisé au cours de l’année scolaire 2024–2025, avec comme tuteur et tutrice les deux enseignants participant à cette mission.
Puis, en décembre 2024, c’est une délégation composée de Kadiatou Bouadou, cheffe de cabinet du METFPA, Francis N’Guessan, inspecteur général, et Lucie Courcet, conseillère en charge des partenariats et de l’insertion professionnelle au METFPA, délégation accompagnée par le chargé de coopération Afrique subsaharienne et l’animatrice des réseaux CEFAGRI et Afrique de l’Ouest Afrique centrale de la DGER, qui a visité plusieurs agrocampus d’Occitanie, dont celui d’Ondes.
Au cours des mois qui ont suivi, des réflexions ont été partagées pour préciser et financer les actions à mettre en œuvre dans le cadre de ce partenariat si bien engagé. C’est ainsi que Lucie Courcet a proposé de répondre à l’appel à projets du Hub franco-ivoirien pour l’éducation et s’est chargée de soumettre ce « Projet d’appui à la mise en place d’une formation co-certifiante dans le domaine agricole » permettant la réalisation de cette première mission en Côte d’Ivoire des représentants d’Innovapôle.
Et entre temps, en octobre 2025, une autre délégation du METFPA a, sur proposition de la DGER, participé à la Biennale Euro-Africa à Montpellier et a poursuivi sa mission par une nouvelle visite à Innovapôle à Ondes. Cette délégation, menée par Mah Koudédia Konate, cheffe de projet C2D au cabinet du Ministre, se composait de représentants de la Direction des Programmes et des Curricula (DPC), l’Agence Nationale de la Formation Professionnelle (AGEFOP), la Direction de l’Apprentissage et de l’Insertion Professionnelle (DAIP), du directeur et de trois formateurs du LPS de Botro. Cette visite d’échanges et de travail avait déjà mis en évidence des pistes concrètes de collaboration, telles le partage d’expertise sur la FOAD, la formation des formateurs ivoiriens aux nouvelles approches technico-pédagogiques, le renforcement de la coopération bilatérale entre le METFPA et Innovapôle pour le développement de pôles agricoles modèles en Côte d’Ivoire, la mise en place d’incubateurs au sein des lycées professionnels dont celui de Botro avec une équipe de formateurs spécialisés, formateurs en entrepreneuriat et mentors pour un meilleur suivi, l’innovation à apporter à travers des solutions proposées par les apprenants, le développement de prototypes sous la supervision de leurs encadreurs qui répondent aux besoins des agriculteurs locaux : autant de pistes qui ont trouvé un écho lors de cette mission de février 2026.

Johann Berthaut, directeur d’Innovapôle, en exprime ainsi les résultats : « Avec un temps d’immersion à Botro puis des séquences de travail à Abidjan, ainsi que des visites à Diabo et à l’ESA, cette mission a permis de mesurer, de façon très concrète, l’état d’avancement du LPS de Botro et les difficultés techniques rencontrées – notamment sur les ateliers d’agroéquipement et d’agroalimentaire – tout en confirmant l’engagement des équipes et des partenaires.
Les visites d’exploitations et de projets, portés dans le cadre du PNMR et de dispositifs d’appui, ont apporté une lecture utile des conditions réelles de production (volailles, maraîchage, apiculture, arboriculture) et des besoins immédiats : montée en technicité, outillage, maintenance, organisation des producteurs, et accompagnement à la professionnalisation.
Le déplacement à Diabo a permis de situer l’effort d’investissement sur le territoire et l’appui très important de la Chine dans ce domaine, tandis que la rencontre avec l’ESA a ouvert des perspectives de montée en gamme, notamment sur le machinisme agricole et l’intégration progressive du numérique et de l’automatisation, en cohérence avec les ambitions portées par le projet FAAN (Formations Agricoles Agrivoltaïsme Numérique).
La mission a confirmé l’intérêt de déployer la FOAD comme levier de massification : elle permet d’atteindre des publics éloignés, de toucher les sortants du LPS dans les villages via le PNMR, et d’ouvrir l’accès à une formation de premier niveau à grande échelle, sans contrainte géographique.
Mais la FOAD n’est pas un simple outil technique : elle suppose des conditions de réussite explicitement posées dès le départ : connexion, tutorat à distance, accompagnement des apprenants, points d’appui identifiés. L’hypothèse d’un point d’appui FOAD à Botro – au sein du LPS et/ou en articulation avec une antenne du PNMR – doit donc être étudiée finement, avec une approche recommandée : lancer un pilote ciblé avant tout déploiement élargi.
Sur le plan pédagogique, le BPREA existe déjà à Innovapôle et peut être suivi intégralement à distance en formation continue, sous réserve d’ajustements du curriculum au contexte ivoirien et d’une identification précise des modules pertinents.
Deux trajectoires ont été travaillées : un scénario à court terme, prioritaire, et un scénario à long terme, plus ambitieux. Le scénario à court terme vise une co-certification de type « CS + CQP » (Certificat de Spécialisation et Certificat de Qualification Professionnelle) : plus agile juridiquement, directement adaptable aux besoins du terrain et déployable rapidement avec les partenaires existants. Concrètement, cela suppose d’opérer une articulation intelligible entre des certificats français (type CS) et des certifications ivoiriennes (type CQP) : une formation non diplômante mais certifiante, construite sur des blocs de compétences clairement définis, et reconnue conjointement par les parties prenantes.
Parallèlement, le dispositif étudié s’adosse au BPREA (niveau diplôme, délivré selon les règles nationales françaises), et se renforce par des contenus contextualisés. La création ou l’adaptation d’une UCARE (Unité Capitalisable d’Adaptation Régionale pour l’Emploi) « Maraîchage agroécologique en contexte tropical » a été identifiée comme un support prioritaire pour formaliser la co-certification, via un certificat conjoint ou une attestation co-signée, distinct(e) du diplôme.
Enfin, un point ressort avec force : la réussite du dispositif ne se jouera pas uniquement dans les salles de cours ou sur une plateforme. Elle dépendra de la capacité à ancrer la formation dans des situations professionnelles réelles et répétées.
C’est pourquoi la mission a mis en évidence la nécessité de labelliser un réseau d’exploitations partenaires sur le territoire ivoirien, en capacité d’accueillir des apprenants en alternance et d’organiser une forme de compagnonnage. Cette labellisation – conduite avec le LPS de Botro et Innovapôle Ondes – doit permettre de sécuriser la qualité des accueils, d’assurer la continuité des apprentissages, et de relier la FOAD à un apprentissage guidé sur le terrain. »

Une coopération durable et opérationnelle est en route !

A lire aussi, un précédent article Une délégation franco-ouest-africaine au SARA

* La presse ivoirienne en parle : article de l’agence ivoirienne de presse, Cote d’Ivoire: Lycée professionnel de Botro – Après six mois de stage en France, Emmanuel Yao reçoit ses diplômes – allAfrica.com, PressReader.com | Un appre­nant reçoit ses cer­ti­fi­cats de fin de for­ma­tion

Contact : Vanessa Forsans, animatrice du réseau CEFAGRI et co-animatrice avec William Gex du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale (BRECI/DGER/MAASA) – vanessa.forsans@educagri.fr




Intérêt pour le fromage de chèvre bio

L’institut de formation au diplôme de technicien spécialisé agricole en transformation laitière de Sidi Hammadi a invité une chevrière professionnelle de Haute Marne, installée en production et vente directe en agriculture biologique, pour accompagner la mise en place et la valorisation du nouvel atelier pédagogique marocain.

Dans le cadre d’un projet régional entre des lycées agricoles publics de Bourgogne-Franche-Comté et des Institut de Techniciens Spécialisés en Agriculture (ITSA) du Royaume du Maroc, et à la demande du Ministère de l’Agriculture marocain et plus particulièrement de l’ITSA de Sidi Hammadi (Région de Béni Mellal-Khénifra) et l’ITSA de Fquih Ben Salah, Mme Valérie De Beukelaer, accompagnée dans la gestion du projet par Mme Catherine Piotelat, professeure à AgroCampus Dijon, s’est rendu à titre gracieux du 21 au 28 novembre 2025 à Sidi Hammadi, pour une semaine d’échanges professionnels relatifs à la transformation fromagère de lait de chèvre, aux soins aux élevages caprins et à la commercialisation des fromages de chèvre fermiers. L’ensemble des frais liés à la mobilité a été pris en charge par les partenaires marocains.

Production de la ferme de Montsaugeon de Valérie

L’ITSA de Sidi Hammadi prépare les étudiants à l’insertion professionnelle ou à la poursuite d’études dans les domaines de l’industrie agroalimentaire et laitière. Cet ITSA compte depuis très récemment la première exploitation agricole biologique en élevage caprin du ministère de l’agriculture du Royaume du Maroc. Les techniciens de cet ITSA fabriquent déjà depuis longtemps différents types de pâtes de fromage de lait de vache dans leur halle technologique et ajouteront maintenant la transformation fromagère caprine fermière.

Mme De Beukelaer gère une exploitation caprine à Montsaugeon en Haute-Marne, au nord de Dijon. Elle organise un marché de producteurs locaux hebdomadaire dans sa ferme et vend également ses fromages de vache et de chèvre (frais et affinés) en vente directe dans sa boutique, ainsi que des produits d’autres agriculteurs et producteurs locaux.

Au cours de cette semaine d’échanges professionnels, l’exploitante et les ingénieurs formateurs de l’ITSA de Sidi Hammadi ont pu travailler sur l’élaboration de pâte lactique, de pâte molle et demi cuite non pressée dans la halle technologique de l’ITSA. Ceci a été fait à partir des recettes d’élaboration de fromages de Mme De Beukelaer, son savoir-faire, sa pratique, ses trucs et ses astuces, afin d’adapter les conditions d’élaboration fromagère à la halle technologique de l’ITSA de Sidi Hammadi. La pratique de la chevrière a été examinée par les ingénieurs marocains afin de pouvoir reproduire et s’approprier les processus dans une logique technologique. Les journées ont été dédiées, du matin à 16h, à la transformation fromagère, puis ont eu lieu des débriefings avec les étudiants en BTS.

Formages fabriqués à Sidi Hammadi en présence de Valérie De Beukelaer

Mme De Beukelaer a pu bénéficier des apports technologiques et théoriques des ingénieurs marocains qui à leur tour ont profité de son savoir-faire. L’exploitante a trouvé l’expérience très complémentaire et enrichissante, cela lui ayant permis de se réapproprier le vocabulaire et les processus théoriques, après ses années de pratique et un BTSA Technico-commercial en produits laitiers, à l’ENILV de la Roche-sur-Foron (74) quelque peu lointain.

Des échanges, relatifs aux soins vétérinaires et à l’approche homéopathique utilisée par la chevrière, ont aussi pris place en collaboration avec une vétérinaire sur place. Ont également été abordées les pratiques en salle de traite et en stabulation. La chevrière s’est dit « envieuse » des très belles installations et de la salle de traite dernier génération de l’ITSA de Sidi Hammadi et elle a salué le professionnalisme et l’enthousiasme de tous les membres de l’équipe pédagogique et des étudiants !

Il est tout particulièrement intéressant de noter qu’il y a eu un véritable échange de pratiques technologiques entre la chevrière forte d’un savoir-faire de transformation fermière en France, et le personnel enseignant de l’institut de Sidi Hammadi qui connaissent parfaitement les process de la fromagerie de type semi-industriel. Ces échanges ont également été bénéfiques aux étudiants qui ont participé aux démonstrations, et qui se sont montrés tout aussi enthousiastes que les professionnels et enseignants experts de l’équipe avec la perspective des prochaines applications pédagogiques dont ils vont bientôt profiter !

Depuis, les échanges de pratiques se poursuivent à distance avec les ingénieurs marocains. Ce projet pourrait conduire à un accueil en France de stagiaires marocains ou d’ingénieurs marocains sur l’exploitation agricole de Mme De Beukelaer ou à des stages au sein de la laiterie Rians proche de l’exploitation.

L’exploitante a déclaré que « c’était un vrai bonheur de rencontrer à l’ITSA de Sidi Hammadi, des ingénieurs et étudiants très professionnels et enthousiasmés par ce qui me passionne, depuis longtemps : la transformation fromagère. Je vais tester les épices et les fruits secs des coopératives marocaines partenaires sur ma production ».

Valérie De Beukelaer au côté de Moustapha El Ouirzzad, directeur de l’ITSA Fquih Ben Salah et de l’équipe de l’ITSA Sidi Hammadi

Mme Valérie De Beukelaer remercie chaleureusement M. Amine El Jibari, Directeur – ITSA Sidi Hammadi et M. Moustapha El Ouirzzad, Directeur- ITSA Fquih Ben Salah, pour leur accueil bienveillant et professionnel, Mme Salma Moukrim, ingénieure, et Mme Bouchra Chorfi, directrice générale de la DEFR marocaine (Direction de l’enseignement, de la Formation et de la Recherche), Mme Khadija Achouak, cheffe de la Division de l’enseignement technique et de la formation professionnelle (DETFP) et  Mme Catherine Piotelat, Professeure, AgroCampus Dijon, sans lesquels ce projet n’aurait pu se réaliser.

Photo de tête d’article : Mme Valérie De Beukelaer au milieu des étudiants de l’ITSA Sidi Hammadi

Rédaction : Catherine PIOTELAT, AgroCampus de Dijon

Pour en savoir plus :  Page Facebook de Valérie De Beukelaer, Laiterie Rians 

Contact : Jan Siess, animateur du réseau Maroc, jan.siess@educagri.fr

 




Un jeune estonien en immersion charentaise

A 18 ans, Anton Astonarro a parcouru plus de 2000 kilomètres pour enrichir sa formation agricole et découvre l’élevage laitier français lors d’un stage à La Clotte en Charente-Maritime.

Anton, élève en cursus Bac élevage-production laitière à l’Olustvere School of Service and Rural Economics, en Estonie. Le jeune étudiant estonien effectue

actuellement un stage à la ferme Bodard, située dans la sud de la Charente-Maritime, sur la commune de La Clotte.

Une immersion qui lui permet de découvrir d’autres méthodes d’élevage et production laitière, tout en vivant une expérience humaine et professionnelle unique.

Pour compléter son apprentissage, Anton effectue un stage dans une exploitation typique du paysage agricole de la Charente-Maritime qui se consacre notamment à l’élevage de 187 vaches laitières et à la production de lait destiné à la filière agroalimentaire. Toutes les 18 heures, Anton participent avec la famille Bodard à la traite des vaches et aux différentes activités de la ferme : alimentation et le soin du troupeau, entretien des bâtiments agricoles, observation de la santé et du comportement des animaux ainsi que la découverte du fonctionnement global d’une exploitation laitière française.

Pour Anton, cette expérience représente bien plus qu’un stage.

 » Travailler dans une ferme française me permet de comparer les méthodes d’élevage et de découvrir une autre façon d’organiser le travail agricole », explique-t-il.

Au delà, de l’apprentissage technique, ce séjour chez Monsieur et Madame Bodard constitue une véritable aventure humaine, accueilli par toute la famille, il découvre également la vie rurale française, le marché, la gastronomie locale et les paysages du Sud-Ouest.

Découvrir une autre agriculture

L’agriculture française, notamment dans l’ouest du pays, se distingue par la diversité de ses exploitations et par un savoir-faire reconnu dans la production laitière. A la Clotte, Anton  découvre notamment des pratiques d’élevage différentes de celles utilisées dans les Pays Baltes, une gestion du troupeau adaptée au climat local et une organisation du travail propre aux exploitations familiales françaises. Ces échanges techniques et culturels sont au cœur des stages internationaux proposés aux étudiants agricoles. Ils permettent de développer les compétences professionnelles mais aussi l’ouverture culturelle et linguistique des jeunes agriculteurs de demain.

Une vocation familiale

Si Anton s’est orienté vers l’élevage laitier, ce n’est pas un hasard. L’agriculture est une histoire de famille. Dans le sud de l’Estonie, son arrière-grand père possédait une exploitation agricole qu’Anton espère un jour voir revivre.

 » Depuis que je suis enfant, j’entends parler de cette ferme. j’aimerais beaucoup la reprendre et lui redonner vie », explique le jeune étudiant.

Son objectif est donc clair ; acquérir suffisamment d’expérience et de connaissances pour pouvoir gérer sa propre exploitation.

Mais avant de s’installer sur sa ferme, Anton souhaite poursuivre ses études dans l’enseignement supérieur. Il envisage d’intégrer l’université agricole de Tartu, l’une des principales universités d’Estonie afin d’y suivre un cursus spécialisé dans l’agriculture ou la gestion des exploitations agricoles afin de compléter sa formation technique.

Des échanges agricoles enrichissants

Pour Marjorie et Laurent Bodard, la présence d’Anton est également une expérience enrichissante. Ils ont accueilli Anton pour plusieurs raisons :  il est important de transmettre leur métier, c’est une passion mais aussi un savoir-faire qui se partage. Accueillir des jeunes permet de montrer la réalité du travail et de donner envie, à la nouvelle génération, de s’installer. Les échanges avec Anton sont faciles, il s’est rapidement intégré à la ferme où il travaille avec un apprenti en Bac Pro CGEA, ainsi qu’avec Tom et Arnaud Bodard.

A travers cette immersion, Anton illustre la nouvelle génération d’agriculteurs européens, formés techniquement, ouvert à l’international et prêts à relever les défis du secteur agricole.

Une chose est sûre, entre l’Estonie et la Charente-Maritime, Anton aura acquis des compétences précieuses qui l’accompagneront tout au long de sa future carrière dans le monde de l’élevage.

Pour en savoir plus : Olustvere School of Service and Rural Economics en Estonie, La ferme Bodard

Contact : Pascale Labrousse animatrice du réseau géographique Pologne-Pays Baltes, pascale.labrousse@educagri.fr




Premiers pas des Volontaires marocaines

Deux jeunes techniciennes spécialisées en agriculture, originaire de Rabat et Casablanca, nous font vivre leurs aventures en tant que Volontaires au Lycée agricole des Sardières de Bourg-en-Bresse.

 Le 4 novembre 2025, à 6h00, à l’aéroport de Casablanca au Maroc, le vol que nous attendions depuis longtemps s’apprêtait à décoller. Un tourbillon de sentiments nous traversait : l’excitation, 

l’appréhension et mille questions sur la vie qui nous attendait. 8h20, nous atterrissions à l’aéroport Lyon–Saint-Exupéry, en France. 

D’un continent à un engagement

Nous y étions enfin à Bourg-en-Bresse, le voyage prenait pleinement son sens. À la gare, Monsieur Franck Dorrival nous attendait, premier visage d’accueil d’une terre encore inconnue, et il nous guida avec bienveillance vers notre nouveau foyer. Malgré le froid de novembre, l’appartement, chaleureux et bien équipé, nous offrit un refuge rassurant. Portés par l’excitation, la curiosité et l’envie d’agir, nous étions prêtes à écrire une nouvelle histoire : celle de notre engagement en Service Civique.

Découverte, apprentissage et intégration au fil des semaines

La mission a débuté par la découverte du lycée ainsi que de l’ensemble de ses membres, notamment les enseignants et le personnel éducatif. Très vite, un planning structuré a été mis en place afin d’organiser nos activités.

Les lundis et mardis étaient consacrés à l’immersion avec la classe de BTS Bioqualim 1, une classe particulièrement accueillante avec laquelle nous nous sommes rapidement intégrées. Nous avons assisté à plusieurs cours, notamment en génie industriel, hygiène et génie alimentaire, tout en participant activement aux travaux pratiques de microbiologie et de biochimie.

Diplômées en tant que Techniciennes spécialisées en agroalimentaire, l’une à Témara proche de Rabat, l’autre à Aïn Jemâa proche de Casablanca, nous avions naturellement notre place à l’atelier de production aux côtés de Sébastien et Céline les mercredis et vendredis, où nous avons découvert les différentes étapes de l’activité de production des différents produits notamment les rillettes (de canard, porc) mousse de carpes, découpage de poulet… Le jeudi était dédié au travail sur nos projets personnels. Au fil des semaines, nous avons progressivement pris nos repères, aussi bien dans le cadre professionnel que dans notre nouvelle vie quotidienne.

À la rencontre des traditions agricoles et gastronomiques

Au cours de ce mois, nous avons eu l’opportunité de découvrir une nouvelle culture à travers plusieurs activités riches en apprentissages. La première étape a été la visite de l’exploitation agricole du lycée, où nous avons observé les vaches ainsi que les célèbres poulets de Bresse, tout en découvrant les méthodes d’élevage spécifiques à cette production d’excellence.

Nous avons ensuite participé, avec les élèves de Bac Pro, à la visite du salon de la gastronomie, un événement qui met en valeur les traditions culinaires de différents pays et favorise les échanges culturels autour de la cuisine.

Par la suite, nous avons découvert une tradition emblématique de la région de Bourg-en-Bresse : le roulage du poulet de Bresse. Cette période particulière mobilise l’atelier autour d’une préparation minutieuse, respectant un savoir-faire local transmis depuis des générations.

À l’issue de cette phase, nous avons visité les Glorieuses, une compétition renommée où est sélectionné le meilleur poulet roulé de Bresse, symbole d’excellence gastronomique régionale.

Enfin, nous avons clôturé ce programme par la visite de l’entreprise Vandemoortele, spécialisée dans la fabrication de produits de boulangerie et de pâtisserie, notamment les croissants et les petits pains, illustrant le lien entre tradition et industrie agroalimentaire.

 Quand l’hiver devient une leçon de vie

En marge des activités professionnelles, notre séjour s’est inscrit dans un décor hivernal empreint de magie. À l’approche des fêtes de Noël, les rues et les avenues se sont parées de lumières et de décorations, transformant la ville en un paysage chaleureux malgré le froid. Cette atmosphère féerique a accompagné nos premiers pas dans la découverte de la culture locale.

Grâce à la générosité et à l’accompagnement de Khadija Charlou et Chams Eddoha Zaki, anciennes volontaires en service civique qui sont maintenant étudiantes en BTS bioqualim 1, nous avons pu nous intégrer pleinement et explorer Bourg-en-Bresse et Lyon, villes où se mêlent tradition, modernité et histoire.

L’intervention de Monsieur Franck Dorrival nous a offert l’opportunité d’assister à notre premier match de rugby, un moment fort marqué par l’esprit d’équipe, la ferveur du public et la passion du sport.

La visite de Lyon, de la colline de Fourvière au spectacle de lumières en trois dimensions, a révélé toute la richesse culturelle de la région. Enfin, la découverte de la neige et le rythme apaisant des journées de Noël ont ajouté une dimension sensible et humaine à cette expérience, faisant de cet hiver bien plus qu’un simple séjour : une véritable leçon de vie et d’ouverture culturelle.

Article rédigé par : Wissal LHAROUI & Ouissal BAJJOU

Sous l’encadrement de Franck DORRIVAL, CPE – franck.dorrival@educagri.fr et Jean-Yves CHARVIN, directeur de l’établissement des Sardières à Bourg-en-Bresse

Contact : Jan Siess, animateur du réseau Maroc de l’enseignement agricole, jan.siess@educagri.fr