Pour une approche One Health au Sénégal

Une mission d’expertise dans le domaine para-vétérinaire a été réalisée au Sénégal permettant de consolider un projet de partenariat pédagogique et technique entre le Centre National de Formation des techniciens de l’élevage et des industries animales de Saint-Louis et le Campus Pyrénées Comminges.

L’ action d’expertise, effectuée par Fabienne Gilot et accompagnée de Sébastien Subsol, en décembre 2025, entre dans le cadre de partenariats en construction avec les centres de formation des techniciens dépendant des ministères de l’agriculture et des pêches au Sénégal. Un des premiers objectifs est de consolider des modules générés dans le cadre du programme P3V (Professionnalisation des ParaProfessionnels Vétérinaires), porté par l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OMSA) avec le soutien de l’Agence Française de Développement (AFD). L’ambition est aussi de construire une dynamique de partenariat de long terme entre les deux écoles, par exemple en montant ensemble des projets Erasmus+.

Au cours de cette semaine de mission, de nombreuses visites de terrain ont été organisées par le CNFTEIA afin d’ancrer notre réflexion dans les réalités locales. Ces déplacements nous ont permis de rencontrer une diversité d’acteurs : des élus, des bergers, des éleveurs nomades, des associations accompagnant des projets d’installation de jeunes en agriculture et élevage, ainsi que des exploitations en systèmes extensifs et semi-intensifs, et une ferme étatique support de stage en polyculture élevage. Ces échanges et visites qui se sont terminés par un échange avec Ibra Touré, directeur régional du CIRAD basé à Dakar et spécialiste des questions pastorales, ont permis de mieux appréhender les pratiques, les contraintes et les dynamiques territoriales, et de nourrir les orientations pédagogiques du projet grâce aux travaux disponibles générés par la recherche, notamment ceux du programme pastoral zones sèches (PPZS).

Dans un contexte où les enjeux sanitaires, économiques et environnementaux sont étroitement liés, la professionnalisation des Para-Professionnels Vétérinaires (PPV) constitue un levier stratégique pour améliorer l’accès aux soins vétérinaires en zones rurales, renforcer la surveillance sanitaire et soutenir durablement les systèmes d’élevage. Au Sénégal, le Centre national de Formation de techniciens de l’élevage et des industries animales (CNFTEIA) de Saint-Louis joue un rôle central dans la formation des futurs professionnels et dans la mise en œuvre opérationnelle du programme.

Le partenariat engagé avec le Campus Pyrénées Comminges (lycée agricole de Saint-Gaudens) s’inscrit dans une logique de complémentarité internationale. Il vise à renforcer l’ingénierie pédagogique, à développer des méthodes d’apprentissage actives et à outiller les formateurs pour sécuriser et pérenniser la montée en compétences des apprenants. L’ambition est claire : contribuer à une professionnalisation durable, adaptée aux réalités locales et aux évolutions futures des filières, en associant les acteurs de terrain à l’action, par exemple via des exercices de living labs.

Au cœur du dispositif figure le module One Health (Une Seule Santé). Son objectif est de permettre aux apprenants de comprendre l’interdépendance entre santé humaine, santé animale et environnement, et de savoir agir dans un cadre intersectoriel. Comme le précise le référentiel de compétences : « Les PPV comprennent l’approche Une Seule Santé et sont capables de travailler efficacement dans des équipes intégrées. ». L’approche pédagogique privilégie des études de cas ancrées dans la réalité sénégalaise, notamment autour des zoonoses prioritaires telles que la fièvre de la vallée du rift, la rage, la brucellose ou la grippe aviaire. Les apprenants sont amenés à analyser des situations locales, identifier les interactions entre acteurs, puis élaborer des plans d’action réalistes : sensibilisation communautaire, vaccination, signalement rapide des cas suspects, amélioration de la collaboration entre poste de santé et para-vétérinaire.

Au-delà des contenus techniques, le projet engage une évolution des pratiques pédagogiques. Il ne s’agit plus seulement de transmettre un savoir, mais de guider un raisonnement. Le travail en partenariat comprendra des réflexions pour passer d’un modèle magistral à une pédagogie active fondée sur l’étude de cas, le travail en groupe et la résolution de problèmes concrets. Comme cela a été rappelé lors de la mission : « One Health ne s’enseigne pas uniquement au tableau. ». Des outils simples et adaptés complèteront ce dispositif : fiches de travaux pratiques, guides enseignants, supports visuels, grilles d’évaluation. Les travaux proposés comme : maîtrise des EPI, protocoles de désinfection, traçabilité, gestion des visiteurs en élevage, sont conçus pour être réalistes, peu coûteux et immédiatement transférables sur le terrain.

Par ailleurs, les observations de terrain ont mis en évidence l’importance de renforcer la prise en compte du pastoralisme dans les dispositifs de formation. Parmi les perspectives identifiées, la structuration d’un volet spécifique dédié au pastoralisme apparaît essentielle, afin de mieux sensibiliser et former les para-professionnels vétérinaires ainsi que les acteurs de terrain aux enjeux propres aux systèmes pastoraux : mobilité des troupeaux, gestion des ressources naturelles, accès aux soins en zones isolées, prévention sanitaire dans des contextes extensifs. Cette évolution permettra d’ancrer davantage les formations dans les réalités des territoires et de valoriser les savoir-faire pastoraux.

Le positionnement stratégique du projet est clair : il ne s’agit pas d’imposer des normes extérieures, mais de renforcer les pratiques locales et de préparer les apprenants aux évolutions sanitaires, commerciales et à la dimension transfrontalière des enjeux autour de l’élevage. Cette démarche valorise les savoir-faire pastoraux, consolide la prévention et inscrit la formation dans une dynamique territoriale durable. La mission de décembre 2025 confirme ainsi que la professionnalisation des PPV au Sénégal dépasse la seule dimension technique : elle constitue un investissement structurant pour la santé publique, la sécurité alimentaire et le développement rural.

Les travaux se poursuivent à distance, avant la visite d’étude à Saint-Gaudens, a priori en septembre 2026, de la directrice et deux formateurs du CNFTEIA de Saint-Louis.

Pour en savoir plus sur le programme P3V de l’OMSA

Article proposé par Fabienne Gilot, cheffe de projets au Campus Pyrénées Comminges à Saint-Gaudens – fabienne.gilot@educagri.fr

Contacts : Sébastien Subsol, attaché de coopération formation et recherche agricoles à l’ambassade de France à Dakar – sebastien.subsol@diplomatie.gouv.fr, Vanessa Forsans, animatrice du réseau CEFAGRI et co-animatrice avec William Gex du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale (BRECI/DGER/MAASA) – vanessa.forsans@educagri.fr