Une délégation d’Innovapôle Ondes, établissement agricole situé à une trentaine de kilomètres de Toulouse, composée de son directeur, Johann Berthaut, d’Isabelle Sanson, enseignante de français et philosophie, et Denis Nebout, chef de travaux en agroéquipement, a effectué une mission en Côte d’Ivoire du 15 au 25 février 2026, renforçant le partenariat engagé avec le lycée de Botro depuis deux ans.
Une mission de rencontres, c’est ce dont témoigne tout d’abord l’une des participants, Isabelle Sanson.
« « Vous avez fait la moitié de la route en venant jusqu’en Côte d’Ivoire, à nous de faire l’autre moitié », aiment à rappeler les directeurs des lycées agricoles de Botro et Diabo situés au cœur du pays, dans une région maraîchère parsemée de cultures d’anacardiers.
Pour ce premier déplacement en Côte d’Ivoire, notre objectif était d’étudier la faisabilité d’une mise en place de co-certifications (certificats de spécialisation, certificats de qualification professionnelle dans les domaines du machinisme et du maraîchage dans un premier temps) et le déploiement de la FOAD (formation à distance) de notre BP REA (brevet professionnel responsable d’exploitation agricole).
Avant d’évoquer quelques temps forts du déroulé de notre voyage, il est bon de rappeler que ce partenariat a commencé l’an dernier, avec l’accueil en stage au lycée agricole d’Ondes d’Emmanuel YaoYao qui est venu se former en soudure durant six mois. Nous avons eu le plaisir de pouvoir lui remettre ses diplômes en présence de Mme la préfète de Botro * ; cette dernière, avec beaucoup d’humour, a relevé qu’Emmanuel avait non seulement eu ses certificats de chaudronnier-soudeur et maquettiste industrielle, mais également son certificat de « naissance » car il s’est retrouvé père d’une petite fille durant son stage en France. C’est donc avec beaucoup de courage et de patience qu’il a effectué sa formation loin de sa famille.
Au cours de la semaine, il nous a invité chaleureusement à partager un repas dans son village de Kimoukro ; au menu : poulet braisé, attiéké, et bananes plantains et que d’émotions de rencontrer enfin Marie-France en vrai !
Lors de la visite du lycée de Botro, nous avons fait connaissance avec nos deux prochaines stagiaires : Véronique Aya Kouamé pour le maraîchage bio et Estelle Ago pour la soudure qui devraient arriver autour du 18 mai 2026. Deux jeunes femmes déterminées à monter en compétences pour aider leur famille et leur village. Bien sûr, ces deux jeunes femmes méritantes ne sont pas rassurées de venir en « terre inconnue », mais François Amani, coordonnateur de l’union régionale des maraîchers et partenaire du PNMR (programme national de formation et d’alphabétisation de masse des populations rurales) pour étendre l’agroécologie et le bio en Côte d’Ivoire, sait leur parler pour atténuer leurs inquiétudes et galvaniser leur courage.
» La vie est un risque, ce choix est un risque, mais celle ou celui qui ne risque rien, n’a rien ! « ou encore: » Si tu veux aller au paradis, il faut bien mourir ! » Nous les accueillerons avec soin.
Nous sommes obligés nous aussi de faire des choix, aussi le dernier temps fort qu’il me semble important de partager c’est bien entendu cette rencontre avec le chef du village de Pliké Totokro et son assemblée.
Tandis que Benoît Kambo Kouadio (chef de cellule formation-insertion pour le PNMR et traducteur) et Guillaume Gillet, rebaptisé Gnâ Koulou en Baoulé, introduisent notre délégation auprès du chef, pendant que les chèvres en liberté mangent paisiblement les noix de cajou qui sèchent au soleil.
Ici, dans cette région d’obédience plutôt chrétienne et animiste, tout un chacun a un double prénom chrétien et baoulé en fonction du jour de sa naissance. Ainsi, les membres de l’assemblée apprécièrent et rirent de bon cœur lorsque la délégation des « blancs » (très rares dans le coin), se présenta également par son prénom baoulé : Johann Kouamé, Denis Yao, Isabelle M’affoulé. Je vous laisse deviner les jours de naissance de chacun… Ces protocoles de présentations et d’annonces de « bonnes ou mauvaises nouvelles » ne sont pas anecdotiques, ils sont un art de la parole et de la diplomatie et présagent de l’acceptation et de la confiance dans les projets à venir.
Après les photos rituelles, Ambroisie, l’unique femme de l’assemblée et trésorière de l’association des maraîchers, vint échanger et m’offrir une luxuriante papaye pendant que je regardais les bancs des écoliers dans la hutte traditionnelle sous les grands flamboyants aux fleurs oranges.
« Lorsque tu vois un flamboyant au loin, c’est qu’il y a un village », me dit Ambroisie.
Ce dernier moment dans le village de Pliké me rappelle enfin le souvenir que partagea avec nous N’Guessan Koffi, ministre de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de la formation technique pendant que Johann Berthaut se chargeait de la restitution de notre mission : M. Koffi avait déployé une sorte de carte d’état major devant nous et en montrant du doigt la région de Botro, centrale en Côte d’Ivoire, et rappelant ses objectifs :
« Réduire la pénibilité du travail dans l’agriculture grâce aux machines, mais aussi permettre la formation des femmes afin qu’elles puissent rester au village : car, si les femmes restent, alors les hommes resteront » ; il ajouta qu’il était originaire de cette région et souhaitait également épargner aux jeunes écoliers ce qu’il avait connu : « ces dix kilomètres à pieds pour rejoindre la moindre école. »
L’engagement de chacun est souvent parsemé de temps forts vécus et partagés collectivement, il ne me reste qu’à énoncer nos prochains rendez-vous : l’invitation faite par notre directeur pour accueillir une prochaine délégation ivoirienne en septembre 2026 pour le salon national et européen Innovagri du machinisme agricole ; ainsi que le projet d’échanges d’élèves et de formateurs et l’envoi de matériel vers le lycée de Botro. Enfin, les élèves de seconde bac pro maintenance des véhicules en 2024 pourront peut-être retrouver Emmanuel Yao en 2027 en Côte d’Ivoire.
Un partenariat institutionnellement ancré
Depuis deux ans en effet, le lycée agricole d’Ondes est en lien avec le lycée professionnel sectoriel (LPS) de Botro. Cet établissement, sous tutelle du Ministère de l’enseignement technique, de la formation professionnelle et de l’apprentissage (METFPA), devenu Ministère de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de l’enseignement technique (MENAET), propose de nouvelles formations dans le secteur agricole, dans le cadre du programme « Développement de l’éducation, la formation, l’insertion des jeunes- DEFI-Jeunes 2 » pour lequel le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire a obtenu une subvention au titre de la deuxième phase du Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) approuvé par l’Agence Française de Développement (AFD).
Ce partenariat entre établissements de formation agricole français et ivoirien s’inscrit dans le rapprochement engagé depuis 2023 entre le METFPA/MENAET et le ministère français en charge de l’agriculture via les réseaux CEFAGRI et Afrique de l’Ouest Afrique centrale de la DGER.
Il a commencé par des mobilités de Côte d’Ivoire vers la France, avec plusieurs passages au lycée agricole d’Ondes, d’abord ciblé par Guillaume Gillet, Ingénieur de Recherche du MAASA et désormais Expert Technique International Résident en appui au projet FAR-Botro en tant que membre du service DEFIS (Développement, Expertise, Formation, Ingénierie pour le Sud) de l’Institut Agro Montpellier.
Il nous donne ici quelques éléments de contexte de cette coopération :
« Depuis de nombreuses années, l’Institut Agro via les écoles de Rennes-Angers, Montpellier et la cellule DEFIS construisent avec les acteurs ivoiriens un partenariat solide, visible et reconnu, mêlant coopération académique, institutionnelle et technique. Cette relation privilégiée s’appuie sur une présence locale active, facilitant l’émergence de projets concrets : expertises et collaborations de terrain, doubles diplômes, thèses, stages.
Au-delà de sa coopération universitaire avec l’ESA de l’INPHB (École supérieure d’agronomie de l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny), partenaire historique, l’Institut Agro entretient des collaborations étroites avec le MENAET, le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER) ivoirien et de nombreux acteurs techniques. Portés par la cellule DEFIS, ces partenariats permettent en particulier d’assurer une assistance technique de qualité.
Ainsi, dans le cadre du projet C2D-EF, l’Institut Agro a assuré entre 2018 et 2025 la coordination de l’assistance technique au projet d’Appui à la formation agricole et rurale en Côte d’Ivoire et à la mise en place opérationnelle du Lycée Professionnel Sectoriel de Formation aux Métiers Agricoles de Botro.
Cette assistance technique est notamment intervenue dans les domaines de l’ingénierie de la formation, le dimensionnement du Lycée Professionnel Sectoriel à vocation agricole de Botro et de son appui à la gouvernance.
Depuis 2025 et pour une durée de 5 ans, l’Institut Agro a proposé également une assistance technique (résidente et perlée) auprès de ces ministères à travers le projet de formation de masse aux métiers ruraux et d’insertion économique dans le département de Botro. Pour cette première année, cet accompagnement technique par l’Institut Agro a consisté principalement en un appui à l’équipe de coordination nationale ivoirienne via la mise en œuvre des 7 premiers projets dans 5 villages tests, un appui méthodologique à la mise en place d’un programme de capitalisation et de planification pour les 25 premiers villages accompagnés. Elle a par ailleurs participé au renforcement des compétences de l’équipe de coordination locale et des capacités des cadres en charge de la formation.
Au-delà de ces projets structurants, cette assistance technique a aussi pour mission de favoriser une mise en synergie des différents projets et acteurs de la FAR, que ce soit à un niveau local du département via les établissements de formation techniques et les OPA ou à un niveau national avec les autres universités et les incubateurs d’entreprises qui visent à faciliter l’insertion professionnelle, l’emploi et à soutenir l’innovation.
C’est précisément dans ce contexte que l’Institut Agro a été sollicité dans l’accompagnement de cette mission et de ses objectifs et pour laquelle elle avait au départ été mobilisée pour initier ce partenariat. »
De l’accueil à la co-construction de formations
Le premier passage ivoirien à Innovapôle a été celui du directeur du LPS de Botro venu quelques jours en octobre 2024 accompagner l’un des jeunes formés dans son établissement pour un stage long réalisé au cours de l’année scolaire 2024–2025, avec comme tuteur et tutrice les deux enseignants participant à cette mission.
Puis, en décembre 2024, c’est une délégation composée de Kadiatou Bouadou, cheffe de cabinet du METFPA, Francis N’Guessan, inspecteur général, et Lucie Courcet, conseillère en charge des partenariats et de l’insertion professionnelle au METFPA, délégation accompagnée par le chargé de coopération Afrique subsaharienne et l’animatrice des réseaux CEFAGRI et Afrique de l’Ouest Afrique centrale de la DGER, qui a visité plusieurs agrocampus d’Occitanie, dont celui d’Ondes.
Au cours des mois qui ont suivi, des réflexions ont été partagées pour préciser et financer les actions à mettre en œuvre dans le cadre de ce partenariat si bien engagé. C’est ainsi que Lucie Courcet a proposé de répondre à l’appel à projets du Hub franco-ivoirien pour l’éducation et s’est chargée de soumettre ce « Projet d’appui à la mise en place d’une formation co-certifiante dans le domaine agricole » permettant la réalisation de cette première mission en Côte d’Ivoire des représentants d’Innovapôle.
Et entre temps, en octobre 2025, une autre délégation du METFPA a, sur proposition de la DGER, participé à la Biennale Euro-Africa à Montpellier et a poursuivi sa mission par une nouvelle visite à Innovapôle à Ondes. Cette délégation, menée par Mah Koudédia Konate, cheffe de projet C2D au cabinet du Ministre, se composait de représentants de la Direction des Programmes et des Curricula (DPC), l’Agence Nationale de la Formation Professionnelle (AGEFOP), la Direction de l’Apprentissage et de l’Insertion Professionnelle (DAIP), du directeur et de trois formateurs du LPS de Botro. Cette visite d’échanges et de travail avait déjà mis en évidence des pistes concrètes de collaboration, telles le partage d’expertise sur la FOAD, la formation des formateurs ivoiriens aux nouvelles approches technico-pédagogiques, le renforcement de la coopération bilatérale entre le METFPA et Innovapôle pour le développement de pôles agricoles modèles en Côte d’Ivoire, la mise en place d’incubateurs au sein des lycées professionnels dont celui de Botro avec une équipe de formateurs spécialisés, formateurs en entrepreneuriat et mentors pour un meilleur suivi, l’innovation à apporter à travers des solutions proposées par les apprenants, le développement de prototypes sous la supervision de leurs encadreurs qui répondent aux besoins des agriculteurs locaux : autant de pistes qui ont trouvé un écho lors de cette mission de février 2026.
Johann Berthaut, directeur d’Innovapôle, en exprime ainsi les résultats : « Avec un temps d’immersion à Botro puis des séquences de travail à Abidjan, ainsi que des visites à Diabo et à l’ESA, cette mission a permis de mesurer, de façon très concrète, l’état d’avancement du LPS de Botro et les difficultés techniques rencontrées – notamment sur les ateliers d’agroéquipement et d’agroalimentaire – tout en confirmant l’engagement des équipes et des partenaires.
Les visites d’exploitations et de projets, portés dans le cadre du PNMR et de dispositifs d’appui, ont apporté une lecture utile des conditions réelles de production (volailles, maraîchage, apiculture, arboriculture) et des besoins immédiats : montée en technicité, outillage, maintenance, organisation des producteurs, et accompagnement à la professionnalisation.
Le déplacement à Diabo a permis de situer l’effort d’investissement sur le territoire et l’appui très important de la Chine dans ce domaine, tandis que la rencontre avec l’ESA a ouvert des perspectives de montée en gamme, notamment sur le machinisme agricole et l’intégration progressive du numérique et de l’automatisation, en cohérence avec les ambitions portées par le projet FAAN (Formations Agricoles Agrivoltaïsme Numérique).
La mission a confirmé l’intérêt de déployer la FOAD comme levier de massification : elle permet d’atteindre des publics éloignés, de toucher les sortants du LPS dans les villages via le PNMR, et d’ouvrir l’accès à une formation de premier niveau à grande échelle, sans contrainte géographique.
Mais la FOAD n’est pas un simple outil technique : elle suppose des conditions de réussite explicitement posées dès le départ : connexion, tutorat à distance, accompagnement des apprenants, points d’appui identifiés. L’hypothèse d’un point d’appui FOAD à Botro – au sein du LPS et/ou en articulation avec une antenne du PNMR – doit donc être étudiée finement, avec une approche recommandée : lancer un pilote ciblé avant tout déploiement élargi.
Sur le plan pédagogique, le BPREA existe déjà à Innovapôle et peut être suivi intégralement à distance en formation continue, sous réserve d’ajustements du curriculum au contexte ivoirien et d’une identification précise des modules pertinents.
Deux trajectoires ont été travaillées : un scénario à court terme, prioritaire, et un scénario à long terme, plus ambitieux. Le scénario à court terme vise une co-certification de type « CS + CQP » (Certificat de Spécialisation et Certificat de Qualification Professionnelle) : plus agile juridiquement, directement adaptable aux besoins du terrain et déployable rapidement avec les partenaires existants. Concrètement, cela suppose d’opérer une articulation intelligible entre des certificats français (type CS) et des certifications ivoiriennes (type CQP) : une formation non diplômante mais certifiante, construite sur des blocs de compétences clairement définis, et reconnue conjointement par les parties prenantes.
Parallèlement, le dispositif étudié s’adosse au BPREA (niveau diplôme, délivré selon les règles nationales françaises), et se renforce par des contenus contextualisés. La création ou l’adaptation d’une UCARE (Unité Capitalisable d’Adaptation Régionale pour l’Emploi) « Maraîchage agroécologique en contexte tropical » a été identifiée comme un support prioritaire pour formaliser la co-certification, via un certificat conjoint ou une attestation co-signée, distinct(e) du diplôme.
Enfin, un point ressort avec force : la réussite du dispositif ne se jouera pas uniquement dans les salles de cours ou sur une plateforme. Elle dépendra de la capacité à ancrer la formation dans des situations professionnelles réelles et répétées.
C’est pourquoi la mission a mis en évidence la nécessité de labelliser un réseau d’exploitations partenaires sur le territoire ivoirien, en capacité d’accueillir des apprenants en alternance et d’organiser une forme de compagnonnage. Cette labellisation – conduite avec le LPS de Botro et Innovapôle Ondes – doit permettre de sécuriser la qualité des accueils, d’assurer la continuité des apprentissages, et de relier la FOAD à un apprentissage guidé sur le terrain. »
Une coopération durable et opérationnelle est en route !
A lire aussi, un précédent article Une délégation franco-ouest-africaine au SARA

* La presse ivoirienne en parle : article de l’agence ivoirienne de presse, Cote d’Ivoire: Lycée professionnel de Botro – Après six mois de stage en France, Emmanuel Yao reçoit ses diplômes – allAfrica.com,
PressReader.com | Un apprenant reçoit ses certificats de fin de formation
Contact : Vanessa Forsans, animatrice du réseau CEFAGRI et co-animatrice avec William Gex du réseau Afrique de l’Ouest Afrique centrale (BRECI/DGER/MAASA) – vanessa.forsans@educagri.fr
Ce dernier moment dans le village de Pliké me rappelle enfin le souvenir que partagea avec nous N’Guessan Koffi, ministre de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de la formation technique pendant que Johann Berthaut se chargeait de la restitution de notre mission : M. Koffi avait déployé une sorte de carte d’état major devant nous et en montrant du doigt la région de Botro, centrale en Côte d’Ivoire, et rappelant ses objectifs :
« Depuis de nombreuses années, l’Institut Agro via les écoles de Rennes-Angers, Montpellier et la cellule DEFIS construisent avec les acteurs ivoiriens un partenariat solide, visible et reconnu, mêlant coopération académique, institutionnelle et technique. Cette relation privilégiée s’appuie sur une présence locale active, facilitant l’émergence de projets concrets : expertises et collaborations de terrain, doubles diplômes, thèses, stages.
