Dans le cadre du Projet d’Appui à la Formation Agricole et Rurale, en 2025 une délégation angolaise d’une vingtaine de personnes a effectué un voyage d’étude en France et 4 experts de l’enseignement agricole français ont été mobilisés pour plusieurs missions en Angola, effectuant un total de 55 jours d’expertise.
En Angola, où les sécheresses ravagent le sud du pays et où 40 % de la population dépend de l’agriculture de subsistance, le gouvernement mise sur une réforme ambitieuse pour former une nouvelle génération de techniciens agricoles. Porté par un partenariat avec la France et initialement doté de 35 millions d’euros (sous la forme d’un prêt souverain, désormais doublé), le PAFAR vise une profonde modernisation du système de formation agricole professionnelle, à travers les 12 Instituts Techniques Agraires (ITA) répartis dans plusieurs provinces angolaises. Ce projet est mis en œuvre par une équipe locale, avec une assistance technique à la maîtrise d’ouvrage française porté par le bureau d’études SFERE, en consortium avec l’Institut Agro, IRAM, Egis-Forhom, Food-Processing et la participation de la DGER/MAASA via son réseau Conseil expertise formation agricole à l’international – CEFAGRI.

Le PAFAR combine deux volets d’action
Le premier relève des investissements structurels, en finançant l’amélioration de l’infrastructure des ITA à travers la rénovation des bâtiments et l’acquisition d’équipements modernes. L’objectif est de restructurer l’enseignement agricole pour que les techniciens et diplômés du secteur répondent aux besoins réels de l’économie agricole angolaise.
Le second concerne des réformes institutionnelles et pédagogiques : à travers la refonte des référentiels, la formation des formateurs, l’amélioration de la gouvernance du système de formation, cette transformation vise à moderniser l’enseignement technique angolais, en s’inspirant de l’approche par compétences (APC). Pour ce faire, les missions d’expertise de l’enseignement agricole français auprès de l’équipe angolaise du PAFAR ont commencé en 2024 et l’année 2025 a vu une succession de missions-clés, en lien avec Thibaut Nancy, mis à disposition de la Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche du Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté Alimentaire sur les questions de formation agricole auprès du ministère de l’enseignement supérieur à Luanda.
La co-écriture d’un nouveau référentiel de diplôme
En mai 2025, les expertes de l’enseignement agricole français mobilisées dès le démarrage du PAFAR ont finalisé, avec l’équipe d’experts angolais du projet, le référentiel du nouveau diplôme phare de l’enseignement agricole angolais : le « Curso Técnico Agricola Polivalente » (diplôme de Technicien agricole polyvalent -TAP- inspiré et adapté du bac pro CGEA), une avancée majeure pour la ministre de l’Éducation, qui souhaite son déploiement dans les ITA dès la rentrée scolaire 2026. La difficulté de l’exercice était de respecter les contraintes du cadre légal angolais tout en insufflant, via l’approche par compétences, la logique de construction des diplômes portés par le ministère de l’agriculture français. Ce nouveau référentiel de diplôme mise notamment sur le développement de la pluridisciplinarité et des travaux pratiques — un défi, car les ITA manquent encore de fermes pédagogiques opérationnelles et de partenaires locaux.
Des orientations pour un guide d’organisation pédagogique
En juillet 2025, la même équipe d’experts a travaillé sur le Guide d’Organisation Pédagogique (GOPM), un outil-clé pour adapter le diplôme aux réalités des ITA et vérifier leur capacité à mettre en œuvre les attendus du référentiel. Certains points majeurs sont apparus tels que la formation des enseignants, la disponibilité des ressources pédagogiques, la nécessité d’équiper en salles spécialisées ou en laboratoires les ITA, ou encore le besoin en budget de fonctionnement des établissements afin de garantir la pérennité des équipements.
La pratique à travers l’organisation des stages
Également en juillet 2025, une mission spécifique a eu lieu sur l’amélioration et la restructuration des stages en cohérence avec le nouveau référentiel TAP. En effet, l’approche par compétences suppose une forte intégration entre l’apprentissage en milieu scolaire et l’application pratique en milieu de travail. Cette mission avait donc pour objectif de reformuler le modèle pédagogique, organisationnel et réglementaire des stages supervisés, sur la base des référentiels du nouveau cours TAP et des bonnes pratiques internationales d’alternance. Des orientations claires ont été proposées sur les objectifs par phase du cours, les critères pour la sélection et la formation de tuteurs et de conseillers, les mécanismes d’évaluation et les instruments tels que l’accord tripartite expérimental. Ont été présentées une proposition de feuille de route pour la mise en œuvre progressive et des recommandations sur les conditions logistiques, juridiques et financières (y compris les bourses et les assurances). Cette intervention paraît essentielle pour garantir la qualité et la certification de la composante pratique du nouveau référentiel.
Vers de nouvelles fermes pédagogiques pour les ITA
En septembre 2025, une mission de terrain a permis d’identifier les besoins spécifiques des exploitations agricoles des ITA, dites fermes pédagogiques, en particulier le pilotage technico-économique des unités de production, ou encore la formations des personnels.
Afin de poursuivre cette étape cruciale pour la mise en œuvre pratique du nouveau référentiel de formation, de nouvelles missions en Angola, menées par des directeurs d’exploitations agricoles d’établissements français, sont programmées dès le premier trimestre 2026.
Un voyage d’étude en France
En octobre 2025, une délégation composée des directeurs des 12 ITA, de membres de l’équipe PAFAR et de représentants des ministères angolais en charge de l’Éducation et de l’Agriculture, a été accueillie en Bourgogne Franche-Comté et à Paris, avec l’accompagnement de SFERE et du Bureau des Relations Européennes et de la Coopération Internationale de la Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche, avec la
présence de l’AFD et du Conseiller aux affaires agricoles pour l’Afrique australe, Vincent Abt. Ce voyage d’étude a permis d’appréhender le fonctionnement des établissements agricoles publics et privés, en particulier de leurs exploitations, leur ancrage territorial, leur système de gouvernance, sans oublier la relation aux professionnels agricoles, à travers des visites d’établissements et d’entreprises agricoles ainsi que des échanges approfondis avec les acteurs français de la formation agricole.
La suite courant 2026
Le gouvernement angolais prévoit les premières cohortes d’apprenants en TAP dans les ITA à la rentrée de septembre 2026. D’ici là, de nouvelles missions vont permettre d’une part d’appuyer la mise en place efficiente des fermes pédagogiques et d’autre part de compléter les guides pédagogiques du nouveau référentiel. L’appui d’une équipe pluridisciplinaire d’experts français couvrira l’élaboration des guides relatifs aux 8 modules de la première année du TAP. Les outils et la méthodologie proposés pourront ensuite être appliqués par l’équipe angolaise pour l’élaboration autonome, en 2027, des guides relatifs à la deuxième et la troisième années du TAP. D’autres missions vont être programmées pour l’automne 2026, concernant les diagnostics territoriaux et les projets d’établissement des ITA.
Retrouvez les premières étapes du projet dans PAFAR, vers une nouvelle génération agricole cet article
Contact : Vanessa Forsans, animatrice du réseau CEFAGRI de la DGER – vanessa.forsans@educagri.fr


