Pendant tout le mois de mai 2026, les acteurs nigérians de la formation technique, en particulier agricole, se sont réunis pour des ateliers de travail en vue de renouveler les programmes de formation, avec des interventions à distance de professionnels français, notamment de l’enseignement agricole.
La révision des curricula de l’enseignement professionnel supérieur agricole au Nigeria, réforme portée par le gouvernement nigérian, vise à moderniser les programmes pour mieux répondre aux besoins des différents secteurs de l’agriculture.
Une réforme nationale ambitieuse
Cette révision mobilise environ 100 personnes, issues du milieu académique, du secteur privé, du Ministère de l’Agriculture et du Ministère de l’Élevage. Elle bénéficie de l’accompagnement d’Expertise France via un expert technique international (ETI), Pascal Durand-Carrier.
L’enquête préliminaire sur les écarts de compétences a révélé des besoins urgents, notamment en insémination artificielle, un thème que les partenaires nigérians souhaitaient approfondir en s’inspirant des pratiques françaises, mais aussi en aquaculture et horticulture.
Les webinaires : un partage d’expertise franco-nigérian
Pour répondre à ces enjeux, une série de webinaires a été organisée entre la France et le Nigéria, à l’initiative du Conseiller aux affaires agricoles basé à l’ambassade de France à Abuja, Rachid Benlfaquih, avec la participation active du réseau CEFAGRI et d’experts français, en lien avec FranceAgriMer.
Quatre thèmes sont abordés, directement issus des besoins identifiés par le NBTE et des expertises françaises.
WATEA : des leçons pour la formation
Le 6 mai 2026, avec l’intervention de Sougrynoma Z. Soré/Koutou (IITA/CGIAR), le premier webinaire a présenté les leçons du projet WATEA (Women in Agricultural Technical Education and Apprenticeship), porté par l’IITA (International Institute of Tropical Agriculture). Ce projet, financé par l’ambassade de France au Nigéria et dans lequel le réseau CEFAGRI était intervenu, visait à former de jeunes techniciennes en techniques agricoles modernes, en alignement avec l’agroécologie, la biodiversité et l’environnement.
Ce projet constitue une inspiration concrète pour intégrer l’approche genre et l’agroécologie dans les nouveaux curricula nigérians.
L’aquaculture : une filière d’avenir
Le 20 mai 2026 sont intervenus Catherine Lejolivet, enseignante en aquaculture à La Canourgue (EPL Lozère), sollicitée par le réseau CEFAGRI pour le partage de son expertise avec des structures de formation en Afrique de l’ouest (Bénin, Sénégal), et Félix Haget, représentant l’entreprise Eauzons.

Ce webinaire a exploré comment l’aquaculture peut répondre aux défis du changement climatique, de l’agroécologie et de l’employabilité des jeunes. L’enseignante a présenté le programme de formation en aquaculture de l’EPL Lozère (niveau BTSA), axé sur l’approche par compétences, les compétences pratiques et l’adaptation aux enjeux environnementaux. La présentation du modèle d’Eauzons, une entreprise française pionnière en aquaponie commerciale, contrôlant toute la chaîne de production (poissons, plantes, transformation) avec une approche ultra-fraîche et durable, a permis d’envisager des pistes pour développer une filière aquacole moderne et compétitive au Nigeria.
La ferme pédagogique : un outil pour la formation pratique
Le 11 juin 2026, c’est Eric Deboeuf, directeur de l’exploitation de l’EPL de Saint-Gaudens, qui a mis en lumière le rôle des exploitations agricoles des établissements dans la formation agricole. Il a ainsi présenté une visite virtuelle de l’exploitation de l’EPL de Saint-Gaudens (185 ha, 80 vaches laitières, 250 brebis, transformation laitière), l’intégration de la formation pratique dans les curricula, avec des stages, travaux pratiques et visites pour les apprenants, l’ancrage territorial de la ferme (liens économiques, sociaux et environnementaux).

Il peut s’agir là d’un modèle pour créer des exploitations agricoles / fermes pédagogiques au Nigeria, alignées sur les besoins du secteur.
L’insémination animale : un enjeu clé pour l’élevage
L’insémination animale a été identifiée comme un écart majeur dans l’analyse des compétences. Trois webinaires lui ont été consacrés, avec des experts français reconnus.
Le 13 mai 2026, Cyril Cabrol a présenté l’organisation Eliance (113 membres, 80 000 éleveurs accompagnés en France), la certification professionnelle française pour les techniciens en insémination animale (CAFTI), et des programmes de formation (157 techniciens formés en 2025) : un modèle pour structurer une certification nigériane en insémination animale.
Le 19 mai 2026, c’est Sandrine Bourillon, de SYNETICS, qui a fait un focus sur la génétique bovine, caprine et ovine, et l’importance de l’insémination animale dans l’amélioration génétique des troupeaux, amenant les participants à s’interroger sur les possibilités d’intégrer ces pratiques dans les curricula nigérians.

Le 21 mai 2026, Maxime Banville et Édouard Bienassis ont présenté l’IFIP (Institut du Porc) et son expertise en génétique porcine et insémination animale, ainsi que le programme « train the trainers » pour former des formateurs locaux, donnant ainsi un exemple de partenariat pour renforcer les compétences en élevage porcin.
Une coopération gagnante
Les webinaires ont été très bien accueillis par les participants nigérians, notamment les représentants du NBTE, des ministères de l’Agriculture et de l’Élevage, des institutions de formation et du Sector Skills Council for Agriculture (SSC4A). Les échanges ont permis d’identifier des pistes concrètes pour intégrer l’insémination animale, l’aquaculture et les fermes pédagogiques dans les nouveaux curricula, de renforcer la coopération franco-nigériane, avec des discussions sur la formation de formateurs nigérians en France ou au Nigeria, le partenariat avec des entreprises françaises (comme Eliance, IFIP, Eauzons) pour équiper les centres de formation, l’adaptation des supports pédagogiques français au contexte nigérian.
Cette série de webinaires a démontré que l’expertise française en formation agricole peut jouer un rôle clé dans la modernisation du secteur nigérian. En s’appuyant sur des exemples concrets (certifications, fermes pédagogiques, partenariats public-privé) et en répondant aux besoins urgents identifiés par le NBTE, la coopération franco-nigériane ouvre la voie à une formation professionnelle plus performante et adaptée aux réalités du terrain.
Ces échanges ont confirmé que la France et le Nigeria partagent une vision commune : former des professionnels compétents, capables de relever les défis d’une agriculture moderne et durable.
La dynamique ainsi enclenchée va se poursuivre dès septembre 2026 avec une mission au Nigeria pour les représentants des entreprises françaises et de la DGER qui ont participé à ces webinaires, mission organisée par FranceAgriMer avec le Conseiller aux affaires agricoles, et qui se poursuivra par l’accueil d’une délégation nigériane en France à l’occasion du Sommet de l’élevage la première semaine d’octobre 2026.
Article élaboré avec Pascal Durand-Carrier, expert technique international au NBTE à Abuja – pascal.durand-carrier@expertisefrance.fr
Contacts : Rachid Benlafquih, Conseiller Régional aux Affaires Agricoles pour le Nigeria, le Ghana et le Cameroun à l’Ambassade de France à Abuja – rachid.benlafquih@dgtresor.gouv.fr
Vanessa Forsans, animatrice du réseau CEFAGRI (Conseil expertise formation agricole à l’international) et co-animatrice avec William Gex du réseau Afrique de l’ouest Afrique centrale (BRECI/DGER/MAASA) – vanessa.forsans@educagri.fr

